AVEC LE ROI DE PRUSSE. 3gr
J’ai été aussi surpris que votre majesté du peu (l’empresse-ment que le comte de Falkenstein a témoigné pour voir lepatriarche de Ferney , et je ne doute nullement que votremajlsté n’ait deviné juste sur la cause de cetle indifférenceapparente ; car je veux croire, pour l’honneur du prince,qu’elle n’est pas réelle. On est au moins bien persuadé que leconseil ne vient pas de sa sœur, qui est, dit-on , remplie d’es-time pour le patriarche, et qui plus d’une fois l’en a faitassurer.
Malgré la prise de Ticonderago , et les nouveaux avantagesque les Anglais s’en promettent, je pense avec votre majesté(dont je prendrai toujours les almanachs en cette matièrecomme en beaucoup d’autres ) que ces insulaires trbs-insolensne viendront pas à bout de leurs colonies , et-j’avoue que je neserais pas fâché de leur voir subir cette humiliation, qu’ils ontbien méritée par leurs sottises. 11 ne paraît pas cependant qu’ilsveuillent y renoncer, et s’ils tentent encore , comme il y aapparence , une nouvelle campagne, notre pauvre France auravraisemblement encore un an à respirer ;-car je ne doute pasqu’ils ne lui déclarent la guerre le plus tôt qu’ils pourront, et jesouhaite, plus que je ne le crois, que nous soyons en état de lasoutenir.
Grimm est en effet à Stockholm à la suite du roi de Suède ;je sais qu’il se propose d’aller à Berlin, et peut-êre aura-t-ildéjà fait sa cour à votre majesté ; c’est le seul bonheur que je luienvie , et dont je ne veux pas désespérer encore ; c’est la seuleidée flatteuse qui me reste, et que j’ainje au moins à nourrir,si ma frêle machine ne me permet pas de la réaliser.
Je viens a présent, sire , à l’excellent rêve dont votre majestém’a fait part. Que de gens , sire, et que de princes même toutéveillés, qui ne pensent pas comme votre majesté rêve ! Hélas !pour le malheur de la pauvre espèce humaine , ce rêve nel’est pas assez, et tout ce qui en est l’objet n’est que trop réel.En parcourant dans ce rêve toutes les sottises humaines, et envoyant ayec quel agrément elles y sont persiflées, j’ai dit levers de la comédie,
On ne peut s’empêcher d’en pleurer et d'en rire.
Je prendrai à cette occasion la liberté de faire une représen-tation à votre majesté ; elle a pour objet le progrès des lumièresphilosophiques , qui va si lentement malgré vos efforts et sur-tout votre exemple. Vous avez, sire, dans votre académie,une classe de philosophie spéculative , qui pourrait, étant diri-gée par votre majesté, proposer pour sujets de ses prix des