AVEC LE ROI DE PRUSSE. 393
temps, ce serait l’importuner bien souvent de mes lettres ,et qu’elle a mieux à faire que de lire fréquemment mes bar-bouillages : j’ai mieux aimé employer-ce temps à lire , à relire,et à faire lire à ceux qui en sont digne| , un ouvrage si dignelui-même de votre majesté , si plein des plus excellens principesde gouvernement, écrit avec tant de raison, d’esprit et d’élé-gance , et dont votre majesté prouve combien les préceptes sontsages, par le soin et les succès avec lequel elle les pratique.Votre conduite, sire, et l’exemple que vous donnez aux autressouverains , sont encore supérieurs aux sages et utiles leçonsqu’ils peuvent puiser dans vos écrits. Puissiez-vous donnerencore long-temps l’exemple et le précepte.
J’ai eu le malheur de perdre il y a un mois madame Geof—frin, la seule véritable amie qui me restât; depuis la perle del’amie avec laquelle je passais toutes mes soirées, j’allais, pouradoucir ma peine, passér les matinées avec madame Geoffrin,dont l’amitié était ma ressource. Je ne sais plus que faire àprésent de mes soirées ni de mes matinées, et tout ce qui lesoccupe n’est que du remplissage. Je demande pardon à votremajesté de lui parler encore de moi, et je crains d’abuser deses bontés. '
Quand j’ai eu l’honneur de proposer à votre majesté la ques-tion importante : S’il peut être utile de tromper le peuple,mon intention n’était pas précisément qu’elle ordonnât à sonacadémie de traiter ce sujet, mais qu’elle le fit proposerpar la classe métaphysique pour sujet du prix ; ce qui ne serapossible que pour le sujet prochain , puisqu’il y en a déjà unde proposé , sur lequel malheureusement on ne peut revenir.Puisque votre majesté veut bien entrer avec moi dans quelquedétail sur celte grande question , je penserais, sire , sauf votremeilleur avis , qu’il faut distinguer les erreurs transitoires etpassagères des erreurs permanentes ; il est hors de doute qu’onpeut et qu’on doit peut-être se permettre de laisser au peupleune erreur passagère pour un plus grand bien , ou pour éviterun plus grand mal; et votre majesté en apporte des exemplesincontestables. Les erreurs permanentes feraient plus de diffi-cultés , et je ne sais s’il ne doit pas y avoir toujours plus d’in-convénient que d’avantage à les entretenir. Mais cet objetdemanderait de grandes discussions, et c’est pour cela que jedésirerais de voir cette question proposée à tous les philosophesde l’Europe par le plus philosophe des souverains.
Votre majesté a bien raison de dire que le parlement anglaisne l’est guère, et que sa conduite est celle d’une troupe d’in-sensés. Nous attendrons avec impatience les nouvelles intéres-5 . a 6