AVEC LE ROI DE PRUSSE. 413
langue et les mains liées ? Nous voulons toujours lui faire un ser-vice , et nous n’espérons guère de l’obtenir, et chacun de nouspeut dire, en parodiant un vers de l’epéra :
Ah ! j’attendrai long-temps, la messe est loin encore.
Je ne sais si j’ai eu l’honneur de mander à votre majesté qu’untrès-habile artiste de ce pays-ci, nommé Houdon, déjà connupar plusieurs beaux ouvrages , a fait en terre, en attendant lemarbre, un magnifique buste du patriarche, d’une ressem-blance parfaite. Il serait digne d’être placé dans le cabinet devotre majesté , et donné par elle à l’académie de Berlin.
Yoici quatre vers excellens qu’on a faits sur lui :
Celui que dans Atliènc eût adore'la Grèce,
Que dans Rome h sa table Auguste eût fait asseoir ,
Nos Césars d’aujourd'hui n’ont pas voulu le voir,
Et monsieur de Beaumont lui refuse une messe.
Ce M. de Beaumont est le digne archevêque fanatique, queParis a le bonheur d’avoir.
Le désir de répondre aux questions de votre majesté m’a em-pêché , sire, de lui parler en détail des vœux ardens que toute laFrance fait pour elle, de la gloire dont elle continue^ se couvrir,de l’exemple qu’elle donne aux autres souverains , et de toutesles qualités qu’elle a déployées depuis six mois, Tomme négo-ciateur, comme guerrier et comme roi. Puissiez-vous donnerencore long-temps de pareilles leçons aux Césars d’aujour-d’hui.
Je suis avec la plus profonde et la plus tendre vénération , etc.
Paris, g octobre 1778.
Sire, j’ai reçu avec la plus vive reconnaissance et pour la mé-moire de mon illustre ami, et pour l’honneur des lettres, lesexpressions si douces et si consolantes des sentimens de votremajesté pour ce grand homme, et de son amour pour les talenset le génie. Je voudrais pouvoir faire lire à toute l’Europe litté-raire ce que votre majesté me fait l’honneur de m’écrire à cesujet, et qui est si propre à encourager et à consoler ceux quicherchent comine elle, quoique avec des talens bien inférieurs,à adoucir par la méditation et par l’étude les maux de la vie,les infirmités de la nature humaine, les traverses causées par lapersécution et la calomnie. J’attends avec la plus vive impa-tience le monument immortel que votre majesté se propose d’é-riger à la gloire de celui que nous pleurons. L’Académie Fraii-