466 CORRESPONDANCE
bonté veut bien y prendre , ne me faisait un devoir de l’en ins-truire. Je veux au moins abréger ce détail, eu me bornant à direà votre majesté que cet état est toujours à peu près le même ;douleurs périodiques et vives, relâchement ensuite, quoiquetoujours avec souffrance, très-peu de sommeil en tout temps,abattement et faiblesse presque continuelle. Les lettres seulesdont votre majesté veut bien m’honorer me procurent quelqueconsolation ; et j’ai reçu avec la plus tendre reconnaissance lenouvel adoucissement qu’elle a bien voulu apporter à mes mauxen chargeant M. le chevalier de Gosseins, secrétaire d’ambas-sade de France, de venir à son arrivée à Paris savoir de mesnouvelles, et en instruire votre majesté. 11 s’est acquitté, sire ,avec zèle et avec empressement de celte commission, si flatteuseet si douce pour moi ; il a même eu la bonté de venir plusieurslois, et j’ai eu de mon côté le plaisir si cher à mon cœur, delui parler beaucoup plus de votre majesté que de moi. J’ai vuavec lapins douce et la plus tendre satisfaction tous les sentimensde respect, d’admiration et de reconnaissance dont M. le che-valier de Gosseins est pénétré pour voire majesté ; j’ai apprisavec moins d’étonnement que de plaisir tout ce qu’elle faitpour le bien de ses peuples, et j’en ai vu encore l’intéressantdétail dans un mémoire lu dernièrement par M. de Hertzbergà l’académie de Berlin. J’ai lu ce détail à toute la société d’amisqui se rassemble auprès de ma souffrante personne , et je lesai renvoyés pénétrés de vénération pour un prince si précieuxà ses sujets, et si digne de servir en tout de modèle aux autresmonarques.
La philosophie si consolante et si douce dont votre majestéveut bien remplir les lettres dont elle m’honore, est encore,sire, un soulagement pour moi. Mais cette philosophie n’aguère d’armes et de ressource contre les maux physiques, quela patience , qui ne les guérit pas.
Voilà donc la paix faite ; Dieu veuille qu’elle dure long-temps!car , outre que la guerre est un grand mal, ni nous , ni nosennemis ne savons la faire. On nous menace toujours qu’elle vabientôt renaître dans le Nord et en Turquie. L’Europe n’a pasbesoin de ce nouveau fléau, et je désire bien vivement qu’ilépargne votre majesté , à qui il ne faut plus que du repos et lajouissance paisible de toute sa gloire.
On travaille toujours très-ardemment à la nouvelle édition deVoltaire qui se fait à Kehl ; elle sera magnifique , et de plusieursvolumes plus riche que les précédentes. Elle paraîtra, dit-on,dans une année au plus lard , et peut-être plus tôt. Je sais aussiqu’il paraît une Histoire de la llaslillc de Linguet, qui ne sait