DES FEMMES ILLUSTRES DU XVII e SIÈCLE.
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chantent ou écrivent, comme l’enseigne Platon sousl’empire d’un démon qui leur souffle tout ce qu’ils disent.Le poète est un être sacré; et quand, dans ce délire qu’onappelle l’inspiration, égaré et hors de lui-même, il semontre nu à la foule, c’est un corps transfiguré qu’ilexpose à la vue, et les saintes bandelettes ne le quittentjamais aux yeux do ses vrais adorateurs. Mais la prose estune muse sobre; elle sait ce qu’elle fait, et elle en est res-ponsable. Quand donc une femme écrit en prose, elle estde sang-froid, et si elle parle d’elle-même, selon moi, ellefait une faute. Je ne connais à la condition de femme au-teur que deux excuses, un grand talent ou la pauvreté, etje m’incline avec bien plus de respect encore devant celle-ci que devant celui-là 2 .
' Traduction de Platon, t. IV, Ion., p. 249.
' La pauvreté n’est pas seulement une excuse admissible, c’estune raison légitime et sacrée. Si on éprouve un sentiment pénibleen voyant aujourd’hui tant de jeunes filles pauvres, qui pourraient,en embrassant une profession utile, parvenir, avec du travail etde la conduite, à une situation modeste mais indépendante , sejeter, sans vraie instruction et sans études sérieuses, dans cequ’elles appellent la carrière littéraire, se mettre aux gages des li-braires et à la merci des journaux, contraintes, pour plaire à tafoule des liseurs de cafés, de simuler les travers, hélas! et quel-quefois les vices à la mode, entretenant le public d’elles-mêmes, deleur vie intime, de leurs fautes même, se traînant ainsi et veillis-sant, entre le mépris et la pitié, dans cette sorte de mendicité lit-téraire; si en vérité on sert à la fois la cause de la morale et celledu bon goût, si on mérite bien de la société et surtout des femmesquand on refoule, par une critique un peu vive, toutes ces jeunesfolles vers des métiers mille fois plus honnêtes que celui qu’ellesfont, empressons-nous d’ajouter qu’il n’est pas de destinée plusdigne d’intérêt et de respect que celle d’une femme qui, ayant reçuune éducation distinguée, et orné sa jeunesse d’une instructionsolide et agréable, tombée, par un revers de fortune, dans unesituation difficile, appelle à son secours les connaissances autre-