Band 
Tome II.
Seite
10
JPEG-Download
 

10

JACQUELINE PASCAL.

sieur son frère, le bienheureux Scudéry de Balzac et deBoileau. Celui-là s’est vraiment trompé de siècle; il devaitvivre de notre temps. Avec ses airs de matamore, son styleéventé et sa fécondité inépuisable, il eût été un des lionsde la littérature facile. Mais dans la famille il y a une per-sonne qui, sans avoir écrit pour le public, est bien supé-rieure à l’auteur de la Clélie et à celui de l’Amour tyran-nique et de l’Illustre Bassa; c’est la femme même deScudéry, qui, laissée veuve à trente-six ans, aimable etspirituelle, vécut dans la meilleure compagnie, recherchéequoique pauvre, et considérée malgré le ridicule de sonnom. Elle a du sens, un certain goût poli et discret, et seslettres agréables et bien tournées se soutiennent à côté decelles de Bussy b

Je n’aurais pas l’injustice et le mauvais goût de bannirde ma galerie les femmes auteurs, mais toutes mes préfé-rences, et pour ainsi dire les places d’honneur, seraientpour ces femmes éminentes qui ont montré une intelli-gence ou une âme d’élite sans avoir rien écrit, ou du moinssans avoir écrit pour le public, selon la vraie destinée et leplus haut emploi du génie de la femme. C’est sur les fem-mes illustres de cette trempe que je voudrais rassembler lesdocuments les plus authentiques, y choisissant les traitsles plus frappants pour en former des biographies sobreset fidèles. J’y joindrais les pages les plus caractéristiqueséchappées à leur plume, soit dans des lettres confiden-tielles, soit dans des Mémoires posthumes. Enfin, selon le

' Leur correspondance a été publiée ensemble. M. Monmerqué,qui a vu les originaux, se plaint qu’elle le soit si imparfaitement.Ce n’est pas un malheur qui soit particulier aux lettres de M“> e deScudéry; nous croyons avoir établi, dans notre livre sur les Penséesde Pascal, que tout ouvrage posthume doit désormais être tenupour suspect, et que bien peu nous sont arrivés intacts.