VIE DE JACQUELINE PAR SA SOEUR. 3o
litudu des parents et des compagnies où l’on est exposédans les petites villes. Elle m’écrivit sa peine, et me manda(pie, pour éviter cet embarras où elle se voyait exposée,elle croyoil qu'il étoit à propos, pour prévenir le monde,que je disse tout haut et publiquement 1 II la résolution qu’elleu\oit prise d’être religieuse, et qu’il n’y avoit que la con-sidération de mon père qui laretenoit. Je ne manquai pointde le l'aire, et cela réussit si bien que, lorsqu’elle fut arri-vée, ou ne fut point surpris de la voir habillée comme unefemme âgée dans une grande modestie, et on ne s’étonnapoint aussi de ce qu’après avoir rendu lus premières visitesde civilité, elle se retira non-seulement dans la maison,mais dans sa chambre d’où elle ne sortoit point du toutque pour aller à l’église et pour prendre ses repas, et sansque personne de la maison y entrât; de sorte que moy-même, quand j’avois quelque chose à lui dire 2 , il falloitque je lisse un petit agenda ou quelque marque 3 pour mesouvenir de le luy dire, ou quand elle viendrait manger,ou quand nous irions à l’église où nous allions toujoursensemble, et c’étoit le tems où j’avois plus d’occasion deluy parler, qui étoit bien court, car nous n’avions pasgrand chemin à faire. Ce n’est pas qu’elle refusât l’entréede sa chambre ny à moy ny à personne, ny qu’elle refu-sât son entretien; mais c’est que quand on la délournoitpour lui parler des choses qui u’étoienl pas tout à faitnécessaires, on s’appercevoit que cela la conlraignoit etl’ennuyoit si fort qu’on évitoit tant qu’on pouvoit de luyfaire cette peine *.
I L’édit. : que je publiasse la résolution.
II L'édit. : communiquer.
! L’édit. : que je fisse quelque marque pour.
' L’édit. ; de ne la point incommoder à cet égard.