128
.IAGUUîUNE PASCAL.
grande et la plus rare de ses grâces ! Je parle de l’extérieurepar laquelle il me permet d’être admise au nombre de cesanges visibles qui ne sontau monde que pourl’adorer, et quin’ont d’autre occupation extérieure ni d’autre désir dans lecœur i[ue de le servir dans toute l’étendue que peuventdes créatures mortelles; car pour l’intérieure, qui me ren-drait un ange en cette manière, si elle trouvoit en moi unematière disposée, je reconnois que j’en ay très-peu, quoy-que ce peu surpasse infiniment mon mérite. C’est ce quidoit augmenter notre reconnoissance et notre admirationde cette faveur infinie et incompréhensible de notre Pieuenvers une créature qui s’en est rendue si indigne.
Je suis tellement touchée de celte pensée à l’heure qui 1j’écris que, si j’osois, je crois que je ferois une confessionde toute ma vie, pour vous faire mieux comprendre quelleest la miséricorde de Dieu envers moi ; mais elle ne serapoint nécessaire, si vous voulez un peu rappeler votremémoire pour vous ressouvenir des temps où j’aimois lemonde, et où la connoissanee et l’amour que j’avois pourmon Dieu me rendoient d’autant plus coupable que jepartageons mon cœur entre ces deux maîtres avec une iné-galité qui me couvre de confusion, surtout quand il meressouvient que les exhortations fréquentes que vous mefaisiez sur ce sujet ne pouvoient me faire concevoir queje ne pusse allier deux choses aussi contraires que sontl'esprit du monde et celui de la piété. Voilà un solidefondement pour rendre notre reconnoissance éternelleenvers Dieu de ce qu’il daigne me retirer, non-seulementde ce dangereux aveuglement, mais aussi m’établir dansun lieu et une condition où je n’ave plus sujet de craindred’v retomber.
Je finis tout court, parce que j’aurois tant de chosesà dire sur le sujet des obligations que je vous ay (les-