ÉCRITS ET LETTRES DE JACQUELINE. HT. 1G52 A 1661. 159
faisoit point difficulté do prodiguer et même do perdreun peu de bien temporel pour lui pouvoir procurer lesbiens véritables. C’est pour vous dire, ma fille, que vousn’avez pas mal fait d’en faire autant, puisque v ous l’avezfait pour la même raison. »
« Mais afin de vous ôter'tout scrupule, il faut que voussachiez, ajouta-t-elle 1 par un mouvement de charité ad-mirable, que, quand il seroit vrai que vous auriez faitune faute en cela et une dissipation, ce qui n’est pas,comme je vous ai déjà dit, et que ce seroit une pure pertede votre bien, vous la devez regarder comme une dosmoindres de toutes celles qu’on peut faire : je dis en vé-rité une des moindres; car voyez-vous, ma sœur, toutesles choses extérieures et périssables ne sont rien. La perteque l’on fait de la plus petite grâce do Dieu est mille foisplus considérable devant lui que celle de tous les biens dela terre, quelque usage qu’on en puisse faire. Dieu consi-dère fort peu tout cela. Il n’a que faire de nos biens : illes estime comme rien en comparaison des vertus qu’ilmet en nous. Ce sont là les biens véritables; et il fauts’examiner souvent sur l’usage qu’on en fait, pour sonprolit,particulier et pour celui des autres. Cependant onne songe pas à cela ; on est fort peu ou point touché quandon vient à déchoir de son humilité accoutumée, de sa dou-ceur, ou de quelque autre vertu. Et on entre en scrupule,si oh a mal employé un peu d’argent, qui est le moindrede tous les biens, dont Dieu nous demandera compie,parce qu’il ne peut tout au plus servir qu’à soulagerquelques misères temporelles, ou à quelque autre œuvrequi passera avec le temps; au lieu que les grâces do Dieuet les vertus qu’il nous donne sont des trésors qui doiveni
Cette parenthèse n’est pas dans le manuscrit A.