Band 
Tome II.
Seite
317
JPEG-Download
 

ÉCRITS ET LETTRES DE JACQUELINE. III. 1652 A 1661.317

sance des services qu’on lui rendoit, et cela par espritd’humilité et de pénitence : ce qu’elle regardoit vraimentcomme une chose qui ne lui étoit pas due. Elle se plaignoitsouvent de ce que son abattement l’empêclioit de s’appli-quer à Dieu ; et hier elle me dit avec grand scrupule :« Mais ne dirai-je pas une heure d’office? » Je lui dis quesa maladie lui tenoit lieu de tout; sur quoi elle réponditen soupirant : « Cela seroit vrai si je la souffrais comme ilfaut, mais j’y fais bien des fautes. » Et sur cela elle meparla de quelque impatience qui n’étoit rien. Je lui disque le même mal qui lui faisoit faire ces sortes de fautesen étoit le remède, et que pour son office il suffiraitqu’elle fît le signe de la croix quand elle aurait l’espritassez présent pour penser qu’il est l’heure de le dire. Celala mit en paix, ou plutôt cela la laissa en paix : car par lagrâce de Dieu elle ne l’a jamais perdue.

Elle se confessa hier au soir par occasion, car nousne la croyions pas si proche de sa fin ; et je crois qu’ellele fit avec une présence d’esprit toute particulière. Carmême la dernière fois qu’elle vit M. Singlin, elle lui parlaavec autant d’étendue et de lumière quelle ait jamais fait :et ce matin elle en avoit tant et parloit si librement querien ne m’a plus surprise que lorsqu’on nous a dit, ensortant de la grand’messe, qu'elle commençoit à râler.Nous y avons couru et nous l’avons trouvée commençantson agonie, mais avec tant de connoissance que j’en ai eugrand’peur, craignant que la vue et l’approche de la mortne la troublât : mais Dieu lui a fait bien plus de grâcesque je n’eusse osé l’espérer.

Depuis cela je ne l’ai plus quittée ni la mère prieureaussi : ce qui la consoloit beaucoup, parce que nous luidisions de fois à autres quelques paroles pour la faire pen-ser à Dieu. Sur le midi, elle s’est tournée vers moi, rou-is.

u.