ECRITS ET LETTRES DE JACQUELINE. III. 1652 A 1661. 335
sa condamnation enferme formellement celle de la grâcede J.-C., et qu’ainsi si notre siècle est assez malheureuxqu’il ne se trouve personne qui ose mourir pour un juste,c’est le comble du malheur que de ne trouver personnequi le veuille pour la justice même. N’est-on pas aumoins obligé de demeurer ferme, en sorte qu’on ne donnepoint sujet de croire qu’on ait ni condamné ni fait sem-blant de condamner la vérité?
Vous me direz peut-être que cela ne nous regarde pas,à cause de notre formulaire particulier; mais je vous ré-pondrai deux choses sur cela : l’une que saint Bernardnous apprend avec sa manière admirable de parler quela moindre personne de l’Église, non-seulement peut,mais qu’elle doit crier de toutes ses forces lorsqu’elle voitles évêques et les pasteurs de l’Église dans l’état où nousles voyons. Qui peut trouver mauvais, dit-il, que je crie,moi qui suis une petite brebis, pour tâcher d’éveiller monpasteur que je crois endormi et prêt à être dévoré par unebête cruelle? Quand je serais assez ingrate pour ne le pasfaire par l’amour que je lui porte et la reconnoissancequeje lui dois, ne dois-je pas le faire par la crainte de monpéril? Car qui me défendra quand mon pasteur sera dévoré?Ce que je ne dis pas pour nos pères et pour nos amis ; jesçais qu’ils ont une aussi grande horreur que moi des dé-guisemcns; mais je le dis pour l’état général où est l’E-glise, et pour me justifier envers moi-même de l’intérêtque je prends à cela. L’autre chose que je vous répondset que je vous avoue, ma chère sœur, c’est que je n’ai pu' jusqu’ici approuver entièrement votre formulaire tel qu’ilest; j’v voudrais quelques changemens en quelques en-droits. Le premier est au commencement ; car il me semble! dur, étant ce que nous sommes, de nous offrir si librementj à rendre compte de notre foi. Je le voudrais faire néan-