DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 5
1 appiochant de nous les beautés de la nature, et en les faisant servir à nosbesoins, que lart doit tout ennoblir: dès qu’il s’écarte de ce principe, dèsqml dégrade, d cesse detre un art; ce n’est plus que le désordre de l’ima-gination et 1 oubli du bon goût. Alors il enfante les magots de la Chine ;il bâtit des petits ponts pour traverser une pièce de gazon; il fait des ro-cheis de plâtras peints, des rivières, des lacs que le moindre rayon du soleilpeut dessécher. Il donne ridiculement le nom de montagne à quelques tom-bereaux de terre amoncelés dans un coin; il construit un temple, et dans1 accès d un délire puéril il se hâte de ruiner son ouvrage; il fait transplantera grands frais des arbres étrangers, et les force à végéter sur un sol qui leurest contraire; il s’épuise en folies; il ne met ni régies ni bornes à ses désirs;il confond les attributions de chaque chose; impatient par satiété, il veutjouir sans délai; il ne voit de beau que ce qui est extraordinaire; et, par suitede l’effet que produisent les goûts immodérés, il ne trouve dans l’exécutionde ses extravagances qu’une irritation pour en essayer de nouvelles. C’estalors que, parvenu au terme de la décadence, il s’avilit, il s’anéantit, ettombe dans un oubli total. Quelquefois après une suite de circonstances fa-vorables, et par l’influence de ces rares génies dont les siècles sont avares,il renaît et revient insensiblement au vrai beau; il se rapproche de la nature,qu’il rougit d’avoir long-temps offensée; il prend pour guides les grandshommes que l’antiquité a donnés pour modèles; il étudie leurs ouvrages, ilcherche à les imiter, et parvient quelquefois à. les égaler.
C’est ainsi que sous le régne des Médicis , après plusieurs siècles d’igno-rance, Florence fut le berceau dans lequel les beaux arts reprirent naissance,et d’où ils se propagèrent dans l’Italie . Les Raphaël , les Michel-Ange , les Rra-mante, les Vignole, les Palladio, les Balthazar Perruzzi, trouvèrent dans leurgénie et dans l’étude des anciens les principes du vrai beau que l’on ne con-noissoit plus. Ces artistes extraordinaires rallumèrent un flambeau qui de-puis long-temps étoit éteint; ils dissipèrent les ténèbres de l’ignorance; ilsrépandirent la lumière sur leur siècle, illustrèrent leur patrie, et s’immorta-lisèrent avec elle.
C’est ainsi que chez nous, malgré le despotisme de la mode, malgré les
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