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Vingt mois ou la révolution et le parti révolutionnaire / par N.A. de Salvandy
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Socrate. — Les démagogues sont la maladie à laquelle doit avoirattention tout médecin d’Etat, tout législateur. Les plus ardentsparlent et agissent. Les autres entourent les tribunes, bourdonnent,coupent la parole à tout le monde, en sorte que tout se gouverne pareux. Écliansons dépravés, ils versent la liberté sans mesure à unpeuple altéré ; quand il est enivré une fois, il ne loue et n’honoreentre les magistrats que ceux qui s’abaissent au niveau des particu-liers, et entre les particuliers que ceux qui s’élèvent au niveau desmagistrats. Les enfants s’accoutument à parler aussi haut que leurspères, à ne plus les respecter pour être libres. Les pères respectentleurs fils j le maître ses disciples. Les nouveaux-venus s’égalent auxanciens ; les vieillards s’assimilent aux jeunes gens, pour ne pas paraîtredespotiques ou ridicules. Ce bouleversement s’étend à la famille et àtout. Pour maintenir le peuple dans leur dépendance et l’attirer auxassemblées, les démagogues ne manquent pas de lui promettre ladépouille des riches. Comme ce ne sont pas les hautes classes qui ontcherché à innover, on les accuse de conspirer contre la liberté dupeuple. Ce sont, dit-on, des oligarques; s’ils le deviennent bon grémal gré pour se défendre, à qui la faute ? Le peuple alors , pour segarder d’eux et de lui-même, se cherche un chef : voilà la tige destyrans ! Aussi, l’effet uniforme de l’excessive liberté est-il de conduireà l’excessive servitude.

Platon, Rép. , 1 . vu.