REMERCIEMENT AU ROI (1).
Votre paresse enfin me scandalise,
Ma muse, obéissez-moi;
11 faut, ce matin, sans remise,
Aller au lever du roi.
Vous savez bien pourquoi;
Et ce vous est une honteDe n'avoir pas été plus prompteA le remercier de ses fameux bienfaits.
Mais il vaut mieux tard que jamais;Faites donc votre compteD aller au Louvre accomplir mes souhaits.Gardez-vous bien d'être en muse bâtie ;
Un air de muse est choquant dans ces lieux;On y veut des objets à réjouir les yeux;
Vous en devez être avertie ,
Et vous ferez votre cour beaucoup mieuxLorsqu'on marquis vous serez travestie.
Vous savez ce qu'il faut pour paraître marquis :
N'oubliez rien de l'air ni des habits :
Arborez un chapeau chargé de trente plumesSur une perruque de prix;
Que le rabat soit des plus grands volumes,
Et le pourpoint des plus petits ;
Mais surtout je vous recommandeLe manteau, d'un ruban sur le dos retroussé;
La galanterie en est grande,
Et parmi les marquis de la plus haute bandeC'est pour être placé.
Avec vos brillantes bardesEt votre ajustement,
(1) "L'Impromptu de Versailles fut représenté à Paris le 4 novembre 1663.Dans le courant de la même année, Louis XIV avait fait comprendre Molièredans la liste des gens de lettres qui eurent part à ses libéralités. Molière ex-prima sa reconnaissance au roi dans la pièce qui porte le titre de Bemerckmcntau roi. (.B.)
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