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Tome II.
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LE TARTUFE.

Si l’offre de ce cœur n’eût eu de quoi me plaire?

Et, lorsque j’ai voulu moi-même vous forcerA refuser l’hymen qu’on venait (l'annoncer,

Qu’est-ce que cette instance a dû vous faire entendre,Que 1'intérôt qu’en vous on s’avise de prendre,

Et l’ennui qu’on aurait que ce nœud qu'on résoutVint partager du moins un cœur que l’on veut tout?TARTUFE.

C’est sans doute, Madame, une douceur extrêmeQue d’entendre ces mots d’une bouche qu’on aime;Leur miel dans tous mes sens fait couler à longs traitsUne suavité qu’on ne goûta jamais.

Le bonheur de vous plaire est ma suprême étude,

Et mon coeur de vos vœux fait sa béatitude;

Mais ce cœur vous demande ici la libertéD’oser douter un peu de sa félicité.

Je puis croire ces mots un artifice honnêtePour m’obliger à romprê un hymen qui s’apprête ;

Et, s’il faut librement m’expliquer avec vous,

Je ne me fierai point à des propos si doux,

Qu’un peu de vos faveurs, après quoi je soupire,

Ne vienne m’assurer tout ce qu’ils m’ont pu dire,

Et planter dans mon âme une constante foiDes charmantes bontés que vous avez pour moi.

ELMIIIE, après avoir toussé pour avertir son mari.Quoi? vous voulez aller avec cette vitesse,

Et d'un cœur tout (l’abord épuiser la tendresse?

On se tue à vous faire un aveu des plus doux;Cependant ce n’est pas encore assez pour vous?

Et l’on ne peut aller jusqu'à vous satisfaire,

Qu’aux dernières faveurs on ne pousse l’affaire?

TARTUFE.

Moins on mérite un bien , moins on l’ose espérer.

Nos vœux sur des discours ont peine à s'assurer.

On soupçonne aisément un sort tout plein de gloire,

Et l'on veut en jouir avant que de le croire.

Pour moi, qui crois si peu mériter vos bontés,

Je doute du bonheur de mes témérités;

Et je ne croirai rien, que vous n’ayez, Madame,

Par des réalités su convaincre ma flamme.

ELMIRE.

Mon Dieu ! que votre amour en vrai tyran agit IEt qu’en un trouble étrange il me jette l’esprit !

Que sur les cœurs il prend un furieux empire I -