206
L’AYAEE.
HARPAGON.
Moi, jo suis plus raisonnable que tu ne penses. Je ne veuxpoint forcer ton inclination.
CLÉANTE.
Pardonnez-moi ; je me ferai cet eifort pour l'amour dovous.
HARPAGON.
Non, non. Un mariage ne saurait être heureux où l’incli-nation n’est pas.
CLÉANTE.
C’est une chose, mon père, qui peut-être viendra ensuite;et l'on dit que l'amour est souvent un fruit du mariage.
HARPAGON.
Non. I)u côté de l'homme, on ne doit point risquer l'af-faire; et ce sont des suites fâcheuses, où je n'ai garde de mecommettre. Si tu avais senti quelque inclination pour elle, ila bonne heure ; je le l'aurais fait épouser au lieu de moi ;mais, cela n'étant pas, je suivrai mon premier dessein, et jel'épouserai moi-même.
CLEANTE.
Kh bien! mon père, puisque les choses sont ainsi, il fautvous découvrir mon cœur; il faut vous révéler notre secret.La vérité est que je l'aime depuis un jour que je la vis dansune promenade; que mon dessein était tantôt de vous lademander pour femme; et que rien ne m a retenu que la dé-claration de vos sentiments, et la crainte de vous déplaire.
HARPAGON.
Lui avez-vous rendu visite?
CLÉANTE.
Oui, mon père.
HARPAGON.
Beaucoup de fois?
CLÉANTE.
Assez pour le temps qu’il y a.
Il UIPAGON.
Vous a-t-on bien reçu ?
CLÉANTE.
Fort bien, mais sans savoir qui j’étais ; et c’est ce qui a faittantôt la surprise de Mariane.
HARPAGON.
Lui avez-vous déclaré votre passion et le dessein où vousétiez de l’épouser?
CLÉANTE.
Sans doute, et même j’en avais fait à sa mère quelque peud’ouverture.