Band 
Tome II.
Seite
354
JPEG-Download
 

354

LE BOURGEOIS GENTILHOMME.

MONSIEUR JOURDAIN.

Ah ! Monsieur, je suis fiché des coups qu'ils vous ont, don-nés.

i.e maItre de philosophie.

Cola n’est rien. (Jn philosophe sait recevoir comme il fautles choses; et je vais composer contre eux. une satircdu stylede Juvénal, qui les déchirera de la belle façon. Laissons cela.Que voulez-vous apprendre?

MONSIEUR JOURDAIN.

Tout ce que je pourrai ; car j'ai toutes les envies du monded'étre savant; et j’enrage que mon père et ma mère ne m'aientpas fait bien étudier dans toutes les sciences, quand j'étaisjeune.

LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.

Ce sentiment est raisonnable; nam, sine doctrina, vilaest quasi mol lis imago. Vous entendez cela, et vous savezle latin, sans doute?

MONSIEUR JOURDAIN.

Oui ; mais faites comme si je ne le savais pas. Expliquez-moi ce que cela veut dire.

LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.

Cela veut dire que, sans la science JL la vie est presqueune image de la mort.

MONSIEUR JOURDAIN.

Ce latin-là a raison.

LIÎ MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.

N’avez-vous point quelques principes, quelques commen-cements des sciences?

MONSIEUR JOURDAIN.

Oh! oui, je sais lire et écrire.

LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.

Tar où vous plaît-il que nous commencions? Voulez-vousque je vous apprenne la logique?

MONSIEUR JOURDAIN.

Qu’est-ce que c’est que celte logique?

LE MAÎTRE I)E PHILOSOPHIE.

C’est elle qui enseigne les trois opérations de l'esprit.

MONSIEUR JOURDAIN.

Qui sont-elles, ces trois opérations de l’esprit?

LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.

La première, la seconde et la troisième. La première est debien concevoir, par le moyen des universaux; la seconde,de bien juger, par le moyen des catégories; et la troisième,