376
LE BOURGEOIS GENTILHOMME.
amants dans votre jeune âge, belle et d'agréable humeurcomme vous étiez.
MADAME JOURDAIN.
Tredame! Monsieur, est-ce que madame Jourdain est dé-crépite, et la tête lui grouille-t-elle déjà?
DOUANTE.
AhI ma foi, Madame Jourdain, je vous demande pardon!je ne songeais pas que vous êtes jeune ; et je rêve le plussouvent. Je vous prie d'excuser mon impertinence.
SCÈNE VI.
M. JOURDAIN, MADAME JOURDAIN , DORANTE, NICOLE.
MONSIEUR JOURDAIN, à Dorante.
Voilà deux cents louis bien comptés.
DORANTE.*
Je vous assure, Monsieur Jourdain, que je Suis (ont à vous,et que je brûle de vous rendre un service à la cour.
MONSIEUR JOURDAIN.
Je vous suis trop obligé.
DORANTE.
Si madame Jourdain veut voir le divertissement royal, jelui ferai donner les meilleures places de la salle.
MADAME JOURDAIN.
Madame Jourdain vous baise les mains.
DORANTE, bas, ii monsieur Jourdain.
Notre belle marquise, comme je vous ai mandé par monbillet, viendra tanlôl ici pour le ballet et le repas; et je l'aifait consentir enfin au cadeau que vous lui voulez donner (1).
MONSIEUR JOURDAIN.
Tirons-nous un peu plus'loin, pour cause.
DORANTE.
Il y a huit jours que je ne vous ai vu, et je ne vous aipoint mandé de nouvelles du diamant que vous me mîtesentre les mains pour lui en faire présent de votre part ; maisc’est que j’ai eu toutes les peines du monde à vaincre sonscrupule ; et ce n’est que d’aujourd’hui qu elle s’est résolue àl’accepter.
(I) Donner un cadeau signifiait autrefois donner uno féto , donner un repas.Ce mot conserva arsoz longtemps cotte signification, puisque Benserado, danssa traduction d'Ovide, publiée six ans après le Bourgeois gentilhomme , montrePicus insensible aux cadeaux que la magicienne Circâ ne cossait do lui donner.(Voyez la Querre civile sur la langue française, pag. 281.)