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ACTE III, SCENE III.
des mots pour des raisons, et des promesses pour des effets.
AnGAN.
Mais enfin, mon frère, il y a des gens aussi sages et aussihabiles que vous ; et nous voyons que, dans lamaladie, (outle monde a recours aux médecins?
BÉRALDE.
C'est une marque de la faiblesse humaine, et non pas dela vérité de leur art.
ARGAN.
Mais il faut bien que les médecins croient leur art véri-table, puisqu’ils s’en servent eux-mêmes.
BÉRALDE.
C’est qu’il y en a parmi eux qui sont eux-mêmes dans l’er-reur populaire, dont ils profitent ; et d’autres qui en profitentsans y être. Votre monsieur Purgon, par exemple, n’y saitpoint de finesse: c’est un homme tout médecin, depuis la têtejusqu’aux pieds; un homme qui croit à ses règles plus qu’àtoutes les démonstrations des mathématiques, et qui croiraitdu crime à les vouloir examiner; qui ne voit rien d’obscurdans la médecine, rien de douteux, rien de difficile; et qui,avec une impétuosité de prévention, une raideur de con-fiance, une brutalité de sens commun et de raison, donneau travers des purgations et des saignées, et ne balance au-cune chose. Il ne lui faut point vouloir mal de tout ce qu’ilpourra vous faire : c’est de la meilleure foi du monde qu’ilvous expédiera; et il ne fera, en vous tuant, que ce qu’il afait à sa femme et à ses enfants, et ce qu’en un besoin il fe-rait à lui-même (1).
ARGAN.
C’est que vous avez, mon frère, une dent de lait contrelui (2). Mais enfin, venons au fait. Que faire donc quand onest malade?
BÉRALDE.
Rien, mon frère.
ARGAN.
Rien?
BÉRALDE.
Rien. Il ne faut que demeurer en repos. La nature d’elle-
(1) 'MoJièro désigne pcut-fitre ici le médecin Guénaut, qu’il avait déjà mis surla scène dans l’Amour médecin, et qui, d’après la témoignage de Guy-Patin, avaittué, avec son remède favori (l’antimoine), sa femme, sa fille, son neveu, et deuxdo ses gendres.
(2) L’expression même du proverbe en donne l’origine. Avoir une dont delait contre quelqu’un c’est éprouver une inimitié qui date de l’enfance. (Dic-tion». des Proverbes.) (A. M.)