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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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VIE DE 1». CORBEILLE.

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avait conçue du Cid : elle satisfit le cardinal en Ireprenant exactement tous les défauts de cettepièce, et le public en les reprenant avec modéra-tion, et même souvent avec des louanges.

Quand M. Corneille eut une fois, pour ainsi dire,atteint jusqu’au Cid, il s’éleva encore dans lesHoraces; enfin il alla jusqu’àCi»»» et à Polyeucte,au-dessus desquels il n’y a rien.

Ces pièces-là étaient d’une espèce inconnue, etl’on vit un nouveau théâtre. Alors M. Corneille,par l’étude d’Aristote et d’Horace, par son expé-rience, par ses réflexions, et plus encore par songénie, trouva les véritables règles du poème dra-matique, et découvrit les sources du beau, qu’il adepuis ouvertes à tout le monde dans les Discoursqui sont à la tête de ses comédies. De là vient qu’ilest regardé comme le père du théâtre français. 11lui a donné le premier une forme raisonnable ; il1 a porté à son plus haut point de perfection, et alaissé son secret à qui s’en pourra servir.

Avant que l’on jouât Polyeucte, M. Corneille lelut à l’hôtel de Rambouillet, souverain tribunaldes affaires d’esprit en ce temps-là. La pièce y futapplaudie autant que le demandaient la bienséanceet la grande réputation que l’auteur avait déjà.Mais, quelques jours après, M. Voiture vint trou-ver M. Corneille, et prit des tours fort délicatspour lui dire que Polyeucte n’avait pas réussicomine il pensait; que surtout le christianismeavait extrêmement déplu. M. Corneille alarmévoulut retirer la pièce d’entre les mains des comé-diens qui l’apprenaient ; mais enfin il la leur laissasur la parole d’un d’entre eux, qui n’y jouait pointparce qu’il était trop mauvais acteur. Etait-ce donc

à ce comédien 1 à juger mieux que tout l’hôtel deRambouillet ?

Pompée suivit Polyeucte. Ensuite vint le Men-teur, pièce comique, et presque entièrement prisede l’espagnol, selon la coutume de ce temps-là.

Quoique le Menteur soit très-agréable,’et qu’onl’applaudisse encore aujourd’hui sur le théâtre,j’avoue que la comédie n’était point encore arrivéeà sa perfection. Ce qui dominait dans les pièces,c était l’intrigue et les incidents, erreurs de nom,déguisements, lettres interceptées, aventures noe-urnes-, et c’est pourquoi on prenait presque touses sujets chez les Espagnols, qui triomphent sui-ces matières. Ces pièces ne laissaient pas d’êtrefort plaisantes, et pleines d’esprit. Témoin le Men-teur, dont nous parlons, Don Bertrand de Ciga-ral, le Geôlier de soi-méme. Mais enfin la plusgrande beauté de la comédie était inconnue -. onne songeait point aux mœurs et aux caractères -, onallait chercher bien loin le ridicule dans des évé-nements imaginés avec beaucoup de peine et onne s’avisait point de l’aller prendre dans le cœur

1. Il s’appelait Hauteroche. Il est auteur de quelques co-médies. Th. Corneille mil sous son nom le Deuil ei l’Espritfollet. 1

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humain, où est sa principale habitation. Molièreest le premier qui l’ait été chercher là, et celuiqui l’a le mieux mis en oeuvre. Homme inimitable,et à qui la comédie doit autant que la tragédie àM. Corneille.

Comme le Menteur eut beaucoup de succès,M. Corneille lui donna une Suite, mais-qui neréussit guère. Il en découvre lui-mêine la raisondans les examens qu’il a faits de ses pièces. Là ils’établit, juge de ses propres ouvrages, et en parleavec un noble désintéressement, dont il tire enmême temps le double fruit, et de prévenir l’enviesur le mal qu’elle en pourrait dire, et de se rendrelui-même croyable sur le bien qu’il eu dit.

A la Suite du Menteur succéda Rodogune. Il aécrit quelque part que, pour trouver la plus bellede ses pièces, il fallait choisir entre Rodogune etChina ; et ceux à qui il en a parlé ont démêlé sansbeaucoup de peine qu’il était pour Rodogune. 11 nem’appartient nullement de prononcer sur cela;mais peut-être préférait-il Rodogune, parce qu’ellelui avait extrêmement coûté. 11 fut plus d’un an àdisposer le sujet. Peut-être voulait-il, eu mettantson affection de ce côté-là, balancer celle du pu-blic, qui parait être de l’autre. Pour moi, si j’osele dire, je ne mettrais point le différent entre Ro-dogune et Cinna : il me paraît aisé de choisir entreelles; et je connais quelque pièce ' l de SI. Corneilleque je ferais passer encore avant la plus belle desdeux.

On apprendra dans les examens de SI. Corneille,mieux que l’on ne ferait ici, l’histoire de Théodore,tïJ/éraclius, de Don Sanche d’Aragon, A’Andro-mède, de Nicomède, et de Pertharite. On y verrapourquoi Théodore et Don Sanche réussirent fortpeu, et pourquoi Pertharite tomba absolument.On ne put souffrir, dans Théodore, la seule idéedu péril de la prostitution; et, si le public étaitdevenu si délicat, à qui SI. Corneille devait-il s’enprendre qu’à lui-même ? Avant lui, le viol réus-sissait dans les pièces de Hardy. Il manqua à DonSanche un suffrage illustre *, qui lui fit manquertous ceux de la cour : exemple assez commun dela soumission des Français à de certaines autorités.Enfin, un mari qui veut racheter sa femme en cé-dant uu royaume fut encore, sans comparaison,plus insupportable dans Pertharite que la prosti-tution ne l’avait été dans Théodore. Le bon marin’osa se montrer au public que deux fois. Cettechute du grand Corneille peut être mise parmi lesexemples les plus remarquables des vicissitudesdu monde ; et Bélisaire demandant l’aumône n’estpas plus étonnant.

Il se dégoûta du théâtre, et déclara qu’il y renon-çait, dans une petite préface assez chagrine qu’ilmit au-devant de Pertharite. Il dit pour raisonqu’il commence à vieillir ; et cette raison n’est que

1 . Polijcucte.

2. Celui (le Louis de Bourbon, prince de Coude.