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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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50 LE C1D, ACTE

D. RODRIGUE, seul.

Est-il quelque ennemi qu’à présent je ne dompte?Paraissez, Navarrois, Maures et Castillans,

Et tout ce que l’Espagne a nourri de vaillants ;Unissez-vous ensemble, et faites une armée,

Pour combattre une main de la sorte animée :.Joignez tous vos efforts contre un espoir si doux ;Pour en venir à bout, c’est trop peu que de vous.

SCÈNE 11.

L'INFANTE.

T'écouterai-je encor, respect de ma naissance,

Qui fais un crime de mes feux?

T”écouterai-je, amour, dont la douce puissanceContre ce lier tyran fait révolter mes vœux ?

Pauvre princesse ! auquel des deuxDois-tu prêter obéissance ?

Rodrigue, ta valeur te rend digne de moi ;

Mais, pour être vaillant, tu n’es pas (ils de roi.

Impitoyable sort, dont la rigueur sépareMa gloire d’avec mes désirs,

Est-il dit que le choix d'une vertu si rareCoilte à ma passion de si grands déplaisirs?

O deux ! à combien de soupirsFaut-il que mon cœur se prépare,

Si jamais il n’obtient sur un si long tourmentNi d’éteindre l’amour, ni d’accepter l’amant!

Riais c’est trop de scrupule, et ma raison s’étonneDu mépris d’un si digne choix : [ne,

Bien qu’aux monarques seuls ma naissance me don-Rodrigue, avec honneur je vivrai sous tes lois.Après avoir vaincu deux rois,

Pourrais-tu manquer de couronne?

Et ce grand nom de Cid que tu viens de gagnerNe fait-il pas trop voir sur qui tu dois régner ?

Il est digne de moi, mais il est à Chimène ;

Le don que j’en ai fait me nuit.

Entre eux la mort d’un père a si peu mis de haine,Que le devoir du sang à regret le poursuit :

Ainsi n’espérons aucun fruitDe son crime, ni de ma peine,

Puisque pour me punir le destin a permisQue l’amour dure même entre deux ennemis.

SCÈNE III.

L’INFANTE, I.KONOH.

l’infante.

Où viens-tu, I.éonor?

I.ÉONOR.

Vous applaudir, madame,Sur le repos qu’enfin a retrouvé votre Ame.

V, SCENE 111.

l’infante.

D’où viendrait ce repos dans un comble d'enn’ i.’

I.ÉONOR.

Si l’amour vit d’espoir, et s’il meurt avec lui,Rodrigue ne peut plus charmer votre courage.Vous savez le combat où Chimène l’engage;Puisqu'il faut qu’il y meure, ou qu’il soit son ma i.Votre espérance est morte, et votre esprit guéri.l’infante.

Ali ! qu’il s’en faut encor!

LÉONOR.

Que pouvez-vous prétendre ?l’infante.

Mais plutôt quel espoir me pourrais-tu défendre?Si Rodrigue combat sous ces conditions,

Pour en rompre l’effet j’ai trop d’inventions.L’amour, ce doux auteur de mes cruels supplices-Aux esprits des amants apprend trop d’artifices.I.ÉONOR.

Pourrez-vous quelque chose, après qu’un père mortN’a pu, dans leurs esprits, allumer de discord ?Car Chimène aisément montre, par sa conduite,Que la haine aujourd’hui ne fait pas sa poursuite-Elle, obtient un combat, et pour son combattantC’est le premier offert qu’elle accepte à l’instant :Elle n’a point recours à ces mains généreusesQue tant d’exploits fameux rendent si glorieuses ;Don Sanclie lui suffit, et mérite son choixParce qu’il va s’armer pour la première fois ;

Elle aime en ce duel son peu d’expérience ;Comme il est sans renom, elle est sans déliante ;Et sa facilité vous doit bien faire voirQu’elle cherche un combat qui force son devoir,Qui livre à son Rodrigue une victoire aisée,

Et l’autorise enfin à paraître apaisée.

l’infante.

Je le remarque assez, et toutefois mon cœurA l’envi de Chimène adore ce vainqueur.

A quoi me résoudrai-je, amante infortunée ?

LÉONOR.

A vous mieux souvenir de qui vous êtes née :

Le ciel vous doit un roi, vous aimez un sujet!l’infante.

Mon inclination a bien changé d’objet.

Je n’aime plus Rodrigue, un simple gentilhonm ,f •Non, ce n’est plus ainsi que mon amour le nonnn f 'Si j’aime, c’est l’auteur de tant de beaux explo' ts 'C’est le valeureux Cid, le maître de deux rois.

Je me vaincrai pourtant, non de peur d’aucun l)lâ< llf ’

Riais pour ne troubler pas une si belle (lamine;

Et quand pour m’obliger on l’aurait couronne, ,Je ne veux point reprendre un bien que j'ai doni’ 1Puisqu’en un tel combat sa victoire est certaineAllons encore un coup le donner à Chimène. ^Et toi, qui vois les traits dont mon cœur est p (M ”Viens me voir achever comme j’ai commence-