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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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POLYEUCTE, ACTE 11, SCÈNE 111.

Aotre mérite est grand, si ma raison est forte :•le le vois, eneor tel qu’il alluma mes feux,D'autant plus puissamment solliciter mes vœuxQu’il est environné de puissance et de gloire,Qu’en tous lieux après vous il traîne la victoire,Que j’en sais mieux le prix, et qu’il n’a point déçu

Le

genereux espoir quej en avais conçu.

Mais ce même devoir qui le vainquit dans Rome,Et qui me range ici dessous les lois d’un homme,Repousse encor si bien l’effort de tant d’appas,Qu’il déchire mon âme et ne l’ébranle pas ;

C’est cette vertu même, à nos désirs cruelle,

Que vous louiez alors en blasphémant contre elle :Rlaignez-vous-en encor ; mais louez sa rigueurQui triomphe à la fois de vous et de mon cœur,

Et voyez qu’un devoir moins ferme et moins sincèreC’aurait pas mérité l’amour du grand Sévère.

SÉVÈRE.

A ' 1 ! madame, excusez une aveugle douleurQui ne connaît plus rien que l’excès du malheur :

nommais inconstance, et prenais pour un crime,R e ce juste devoir l’effort le plus sublime.

R e grâce, montrez moins à mes sens désolésR ;i grandeur de ma perte et ce que vous valez ;

Et cachant par pitié cette vertu si rare,

Qui redouble mes feux lorsqu’elle nous sépare,ra| tes voir des défauts qui puissent à leur tourAffaiblir ma douleur avecque mon amour.

PAULINE.

telas! cette vertu, quoique enfin invincible,e laisse que trop voir une âme trop sensible.es pleurs en sont témoins, et ces lâches soupirsVu arrachent de nos feux les cruels souvenirs :ç, r °l' rigoureux effets d’une aimable présenceutre qui nl0 n devoir a trop peu de défense!ç a,s s i tous estimez ce vertueux devoir,nse rvez-m’en la gloire, et cessez de me voir,pl'argnez-moi des pleurs qui coulent à ma honte;l'I'argnez-moi des feux qu’à regret je surmonte;""lin épargnez-moi ces tristes entretiens,

^ 1 Ue font qu’irriter vos tourments et les miens.

q , SÉVÈRE.

Je me prive ainsi du seul bien qui me reste !

o PAULINE.

ez-vous d’une vue à tous les deux funeste.

SÉVÈRE.

l )r ix démon amour ! quel fruitde mes travaux !

p, PAULINE.

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le remède seul qui peut guérir nos maux.

r„ SÉVÈRE,

wf* venv

u x mourir des miens ; aimez-en la mémoire.

Quel,

Je

'eux <

PAULINE.

guérir des miens ; ils souilleraient ma gloire.

Ab i SÉVÈRE.

I] f ai J )UlS( l ue votr e gloire en prononce l’arrêt,

‘lue ma douleur cède à son intérêt.

Est-il rien que sur moi cette gloire n’obtienne ?Elle me rend les soins que je dois à la mienne.Adieu : je vais chercher au milieu des combatsCette immortalité que donne un beau trépas,

Et remplir dignement, par une mort pompeuse,De mes premiers exploits l’attente avantageuse,Si toutefois, après ce coup mortel du sort,

J’ai de la vie assez pour chercher une mort.

PAULINE.

Et moi, dont votre vue augmente le supplice,

Je l’éviterai même en votre sacrifice;

Et, seuledansmachambreenfermantmesregrets,Jevais pour vousaux dieux faire des vœux secrets.

SÉVÈRE.

Puisse le juste ciel, content de ma ruine,Combler d’heur et dejours Polyeucte et Pauline !

PAULINE.

Puisse trouver Sévère, après tant de malheur,Une félicité digue de sa valeur!

SÉVÈRE.

Il la trouvait en vous.

PAULINE.

Je dépendais d’un père.

SÉVÈRE.

O devoir qui me perd et qui me désespère !Adieu, trop vertueux objet, et trop charmant.

PAULINE.

Adieu, trop malheureux et trop parfait amant.

SCÈNE III.

PAULINE, STRATONICE.

stratonice. [mes ;

Je vous ai plaints tous deux, j’en verse encor deslar-Maisdu moins votre esprit esthorsdesesalarmes :Vous voyez clairement que votre songe est vain ;Sévère ne vient pas la vengeance à la main.PAULINE.

Laisse-moi respirer du moins, si tu m’as plainte :Au fort de ma douleur tu rappelles ma crainte;!Souffre un peu de relâche à mes esprits troublés,Et ne m’accable point par des maux redoublés.

STRATONICE.

Quoi! vous craignez encor ?

PAULINE.

Je tremble, Stratonice ;Et bien que je m’effraie avec peu de justice,

Cette injuste frayeur sans cesse reproduitL’image des malheurs que j’ai vus cette nuit.

STRATONICE.

Sévère est généreux.

PAULINE.

Malgré sa retenue,

Polyeucte sanglant frappe toujours ma vue.