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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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POLYEUCTE, ACTE III, SCÈNE TV.

Si de son inconstance il faut qu’enfin j’espèreLe bien que j’espérais de la bonté d’un père?

FEUX.

Je vous en fais trop voir, Pauline, à consentirQu’il évite la mort par un prompt repentir.

Je devais même peine à des crimes semblables ;Et, mettant différence entre ces deux coupables,J’ai trahi la justice à l’amour paternel ;

Je me suis fait pour lui moi-même criminel ;

Et j’attendais de vous, au milieu de vos craintes,Plus de remercîments que je n’entends de plaintes.

PAULINE.

De quoi remercier qui ne me donne rien?

Je sais quelle est l'humeur et l’esprit d’un chrétien.Dans l’obstination jusqu’au bout il demeure :Vouloir son repentir, c’est ordonner qu’il meure.

FÉLIX.

Sa grâce est en sa main, c’est à lui d’y rêver.

PAULINE.

Faites-la tout entière.

FÉLIX.

Il la peut achever.

PAULINE.

Ne l’abandonnez pas aux fureurs de sa secte.

FÉLIX.

Je l’abandonne aux lois qu’il faut que je respecte.

PAULINE.

Est-ce ainsi que d’un gendre un beau-père est l’ap-félix. [pui?

Qu’il fasse autant pour soi comme je fais pour lui.

PAULINE.

Mais il est aveuglé.

FÉLIX.

Mais il se plaît à l’être.

Qui chérit son erreur ne la veut pas connaître.

PAULINE.

Mon père, au nom des dieux.

FÉLIX.

Ne les réclamez pas,

Ces dieux dont l’intérêt demande son trépas.

PAULINE.

Ils écoutent nos vœux.

FÉLIX.

Eh bien ? qu’il leur en fasse.

PAULINE.

Au nom de l’empereur dont vous tenez la place...FÉLIX.

J’ai son pouvoir en main ; mais, s’il me l’a commis,C’est pour le déployer contre ses ennemis.

PAULINE.

Polyeucte l’est-il ?

FÉLIX.

Tous chrétiens sont rebelles.

PAULINE.

N’écoutez point pour lui ces maximes cruelles;

En épousant Pauline il s’est fait votre sang.

FELIX.

Je regarde sa faute, et ne vois plus son rang.Quand le crime d’état se mêle au sacrilège,

Le sang ni l’amitié n’ont plus de privilège.

PAULINE.

Quel excès de rigueur !

FÉLIX.

Moindre que son forfait.

PAULINE.

O de mon songe affreux trop véritable effet!Voyez-vous qu'avec lui vous perdez votre fille?

FÉLIX.

Les dieux et l’empereur sont plus que ma famille-

PAULINE.

La perte de tous deux ne vous peut arrêter !

FÉLIX.

J’ai les dieux et Décie ensemble à redouter.

Mais nous n’avons encore à craindre rien de triste :Dans son aveuglement pensez-vous qu'il persiste?S’il nous semblait tantôt courir à son malheur,C’est d’un nouveau chrétien la première chaleur.PAULINE.

Si vous l’aimez encor, quittez cette espéranceQue deux fois en un jour il change de croyance :Outre que les chrétiens ont plus de dureté,

Vous attendez de lui trop de légèreté.

Ce n’est point une erreur avec le lait sucée,

Que sans l’examiner son âme ait embrassée :Polyeucte est chrétien parce qu’il l’a voulu,

Et vous portait au temple un esprit résolu.

Vous devez présumer de lui comme du reste :

Le trépas n’est pour eux ni honteux ni funeste;

Ils cherchent de la gloire à mépriser nos dieux :Aveugles pour la terre, ils aspirent aux cieux ;

Et croyant que la mort leur en ouvre la porte,Tourmentés, déchirés, assassinés, n’importe,

Les supplices leur sont ce qu’à nous les plaisirs,Et les mènent au but où tendent leurs désirs ;

La mort la plus infâme ils l’appellent martyre.

FÉLIX.

Eh bien donc ! Polyeucte aura ce qu’il désire :N’en parlons plus.

PAULINE.

Mon père....

SCÈNE IV.

FÉLIX, ALPIN, PAULINE, STRATONlCÉ-

FÉLIX.

Albin, en est-ce fa* 1

ALBIN.

Oui, seigneur; et Néarque a payé son forfait.

FÉLIX.

Et notre Polyeucte a vu trancher sa vie ?