POMPÉE
TRAGÉDIE EN CINQ ACTES.lG-lf.
A MONSEIGNEUR
l’éminkntissimf.
CARDINAL MAZARIN.
Monseigneur ,
, présente le grand Pompée à Votre Éminence,es t-à-dire le plus grand personnage de l’anciennemille au plus illustre de la nouvelle ; je mets sous"protection du premier ministre de notre jeunel0 ‘ un héros qui, dans sa bonne fortune, fut leélecteur de beaucoup de rois, et qui, dans sa!*' a Uvaise, eut encore des rois pour ses ministres.Çspère de la générosité de V. E. quelle ne dé-bitera pas de lui conserver cette seconde vie(ple j’ai tâché de lui redonner, et que, lui rendantC ® t,e justice qu’elle fait rendre, partout le royaume,le le vengera pleinement de la mauvaise politiquecour d’Égypte. Il l’espère , et avec raison,[l'iisque, dans le peu de séjour qu’il a fait enra uce, il a déjà su de la voix publique que lesla ximes dont vous vous servez pour la conduite, e °et état ne sont point fondées sur d’autres prin-' lp ® s que ceux de la vertu. Il a su d’elle les obli-gions que vous a la France de l’avoir choisie pour'iRe seconde mère, qui vous est d’autant plus re-( j ev able, que les grands services que vous lui ren-v ez s ont de purs effets de votre inclination et dere zèle, et non pas des devoirs de votre nais-h " Ce - Il a su d’elle que Rome s’est acquittée envers. jeune monarque de ce qu'elle devait à ses^décesseurs, par le présent qu’elle lui a tait ded re personne. 11 a su d’elle enlin que la soliditée , f Votr e prudence et la netteté de vos lumières'‘mitent des conseils si avantageux pour le gou-vernent ,
, qu’il semble que ce soit vous a qui,«e V û 6Sprit de P*’°l ,luitie > n0,re vir ë ile ait a(lressé
l'm - un
'ers il y a plus de seize siècles :Tu
Voilà, Monseigneur, ce que ce grand homme aappris en apprenant à parler français :
Pauca, sed a pleno vetiicnlia peclore veri.
Et comme la gloire de V. É. est assurée sur la fidé-lité de cette voix publique, je n’y mêlerai point lafaiblesse de mes pensées, ni la rudesse de mesexpressions, qui pourraient diminuer quelquechose de son éclat; et je n’ajouterai rien aux cé-lèbres témoignages qu’elle vous rend, qu’une pro-fonde vénération pour les hautes qualités qui vousles ont acquis, avec une protestation très-sincèreet très-inviolable d’être toute ma vie, Monseigneur,de Votre Éminence, le très-humble, très-obéissant,et très-fidèle serviteur,
CORNEILLE.
AU LECTEUR.
Si je voulais faire ici ce que j’ai fait en mes deuxderniers ouvrages, et te donner le texte ou l’abrégédes auteurs dont cette histoire est tirée, afin quetu pusses remarquer en quoi je m’eu serais écartépour l’accommoder au théâtre, je ferais un avant-propos dix fois plus long que mon poème, et j'au-rais à rapporter des livres entiers de presque tousceux qui ont écrit l’histoire romaine. Je me con-tenterai de t’avertir que celui dont je me suis leplus servi a été le poète Lucain, dont la lecturem’a rendu si amoureux de la force de ses penséeset de la majesté de son raisonnement, qu’alin d’enenrichir notre langue, j’ai fait cet effort pourréduire en poème dramatique ce qu’il a traité enépique. Tu trouveras ici cent ou deux cents verstraduits ou imités de lui. 1 J’ai tâché de suivre ce
1€ {jcre impcrio populos, Homaiic* lucHiciilo*
1. C’est le huitième livre de Lucain quia fourni à Corneillele sujet de Pompée. Le succès de celle tragédie déterminaNrébeuf à iraduirc ta iharsale.