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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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POMPÉE, ACTE V, SCÈNE V.

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SCÈNE IV.

CÉSAR, CORNÉLIE, CLÉOPÂTRE, ANTOINE,LÉPIDE, ACHORÉE, CHARMION, PHI-LIPPE.

COBNÉLIE.

César, tiens-moi parole, et me rends mes galères.A-chillas et Pliotin ont reçu leurs salaires ;

Leur roi n’a pu jouir de ton cœur adouci ;

Lt Pompée est vengé ce qu’il peut l’être ici.le n’y saurais plus voir qu’un funeste rivageQui (i e i eur attentat m’offre l’horrible image,

La nouvelle victoire, et le bruit éclatantQu aux changements de roi pousse un peuple incons-Lt, parmi ces objets, ce qui le plus m’afflige, [tant ;C est d’y revoir toujours l’ennemi qui m’oblige.Laisse-moi m’affranchir de cette indignité,

Et

souffre que ma haine agisse en liberté.

. A O

^ c et empressement j’ajoute une requête :

' oi s l’urne de Pompée ; il y manque sa tête :me la retiens plus : c’est l’unique faveur°ut je te puis encor prier avec honneur.CÉSAK.

* e st juste, et César est tout prêt de vous rendre

Ce

^ais

teste où vous avez tant de droit de prétendre ;

il est juste aussi qu’après tant de sanglots

Qu’

ses mânes errants nous rendions le repos,

Ul > bûcher allumé par ma main et la vôtre

Le venge pleinement de la honte de l’autre ;

Que!

Et

; son ombre s’apaise en voyant notre ennui ;

( iu’une urne plus digne et de vous et de lui,^Près la flamme éteinte et les pompes finies,Renferme avec éclat ses cendres réunies.e cette même main dont il fut combattu'erra des autels dressés à sa vertu ;fecevra des vœux, de l’encens, des victimes,j^ns recevoir par là d’honneurs que légitimes :^°ur ces justes devoirs je ne veux que demain ;

nie refusez pas ce bonheur souverain.v ait cs un peu de force à votre impatience ;p°Us êtes libre après ; partez en diligence ;ft ° rte z à notre Rome un si digne" trésor ;Portez...

CORNELIE.

jl Non pas, César, non pas à Rome encor :^ aut que ta défaite et que tes funéraillesj. cette cendre aimée en ouvrent les murailles ;Ell'^O'qu’eCe tienne aussi chère que moi,

Je f U L ^°it rentrer qu’en triomphant de toi.

Ia porte en Afrique ; et c’est là que j’espères U ® les bis de Pompée, et Caton et mon père,fondés par l’effort d’un roi plus généreux,Q, nsi T'e la justice auront le sort pour eux.est là que tu verras sur la terre et sur l’onde

Les débris de Pharsale armer un autre monde ;

Et c’est là que j’irai, pour hâter tes malheurs,Porter de rang en rang ces cendres et mes pleurs..Te veux que de ma haine ils reçoivent des règles,Qu’ils suivent au combat des urnes au lieu d’aigles ;Et que ce triste objet porte en leur souvenirLes soins de le venger, et ceux de te punir.

Tu veux à ce héros rendre un devoir suprême ;L’honneur que tu lui rends rejaillit sur toi-même :'Eu m’en veux pour témoin ; j’obéis au vainqueur ;Mais ne présume pas toucher par là mon cœur.

La perte que j’ai faite est trop irréparable ;

La source de ma haine est trop inépuisable :

A l’égal de mes jours je la ferai durer ;

Je veux vivre avec elle, avec elle expirer.

Je t’avouerai pourtant, comme vraiment Romai-Que pour toi mon estime est égale à ma haine ; [ne,Que l’une et l’autre est juste, et montre le pouvoir,L’uue de la vertu, l’autre de mon devoir ;

Que l’une est généreuse, et l’autre intéressée,

Et que dans mon esprit l’une et l’autre est forcée.Tu vois que ta vertu, qu’en vain on veut trahir,

Me force de priser ce que je dois haïr :

Juge ainsi de la haine où mon devoir me lie,

La veuve de Pompée y force Cornélie.

J’irai, n’en doute point, au sortir de ces lieux,Soulever contre toi les hommes et les dieux ; [pée ,Ces dieux qui t’ont flatté, ces dieux qui m’ont tromCes dieux qui dans Pharsale ont mal servi Pompée,Qui, la foudre à la main, l’ont pu voir égorger ;

Ils connaîtront leur faute, et le voudront venger.Mon zèle, à leur refus, aidé de sa mémoire,

Te saura bien sans eux arracher la victoire :

Et quand tout mon effort se trouvera rompu,Cléopâtre fera ce que je n’aurai pu.

Je sais quelle est ta flamme et quelles sont ses forces,Que tu n’ignores pas comme on fait les divorces,Que ton amour t’aveugle, et que pour l’épouserRome n’a point de lois que tu n’oses briser :Mais sache aussi qu’alors la jeunesse romaineSe croira tout permis sur l’époux d’une reine,

Et que de cet hymen tes amis indignésVengeront sur ton sang leurs avis dédaignés.J’empêche ta ruine, empêchant tes caresses.Adieu : j’attends demain l’effet de tes promesses

SCÈNE Y.

CÉSAR, CLÉOPÂTRE, ANTOINE, LÉPIDE,ACHORÉE, CHARMION.

CLÉOPÂTRE.

Plutôt qu’à ces périls je vous puisse exposer,Seigneur, perdez en moi ce qui les peut causerSacrifiez ma vie au bonheur de la vôtre ;