LA SUITE DU MENTEUR.
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s lisent ; pourvu qu’ils aient trouvé le moyen dea ire, ils sont quittes envers leur art; et s’ils>ent, ce n’est pas contre lui, c’est contre les^ a j llll(,s mœurs et contre leur auditoire. Pour vousœ voir le sentiment d’Horace là-dessus, je n’aiy a r ®péter ce que j’en ai déjà pris ; puisqu’il neil’ )■ ! )ns c I uon soit digne de louange quand onen* ] f I üe s’acquitter de ce qu’on doit, et qu’ilIl oonne tant à celui qui joint l’utile à l’agréalile,, est aisé de conclure qu’il tient que celui-là faitj e s ( l u ’il n’était obligé de faire. Quant à Aristote,J. Ile cr ois pas que ceux du parti contraire aient^ssez bons yeux pour trouver le mot d’utilitél a 11 s tQ ut son Art poétique : quand il recherche( ^ c ause de la poésie, il ne l’attribue qu’au plaisir
e les hommes reçoivent de l’imitation; et, com-Parantp,
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l’une à l’autre les parties de la tragédie, il^te la fable aux mœurs, seulement pour ce
qu'eîi
j e "6 contient tout ce qu’il y a d’agréable dans( ] ( Jj op| oe ; et c’est pour cela qu’il l’appelle l’âmetragédie. Cependant, quand on y mêle que 1 -p a utilité, ce doit être principalement dans cetteli 0lii ' e qui regarde les mœurs, et que ce grand
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s qu’ii
e toutefois ne tient point du tout nécessaire,
permet de la retrancher entièrement, et
s aî) leUre d’accord qu’on peut faire une tragédiev a j s mœurs. Or, pour ne vous pas donner mau-e "^pression de la comédie du Menteur , qui ae Heu à cette suite, que vous pourriez jugerc e Slm p]ement fuite pour plaire, et n'avoir pas•mille mélange de l’utilité, d’autant qu’elle
Pou 'V Vl °ler une autre maxime, qu’on veut tenir
b 0|li mdubitable, touchant la récompense desii (1 es actions et la punition des mauvaises, il•hse P** peut-être pas hors de propos que je vousles .dessus ce que je pense. Il est certain quel^mus de Dorante ne sont pas bonnes mora-m oj llf ’ a’étant que fourbes et menteries ; et néan-la v S .obtient enfin ce qu’il souhaite, puisqueeli n aie Lucrèce est en cette pièce sa dernière in-tri],| e 11)11 ■ Ainsi, si cette maxime est une véri-t'aiiit ïe ^ e du théâtre, j’ai failli; et si c’est en cee q a - Seu l que consiste l’utilité de la poésie, je n’y
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1 Point mêlé. Pour le premier, je n’ai qu’à•rient Ul,e q ue cette règle imaginaire est entière-, 'l)ef ( ,| < ' 0nl '' e la pratique des anciens ; et, sans allerqui 6a ‘ er des exemples parmi les Grecs, Sénèque,Oir, a bré presque tous ses sujets, nous en four-le p a j* S . Sez : Médée brave Jason après avoir brilléSes e a j, s ^yal, fait périr le roi et sa fille et tueAs tya lta »ts; dans la Troade , Ulysse précipite''"fiUn'" lX ’ et Pyrrhus immole Polyxène, tous deuxPar ® me «t ; dans Agamenmon , il est assassinéde SQji e| miie et par son adultère, qui s’empareIrène sans qu’on voie tomber de foudre sur
leurs têtes; Atréemême, dans le T/iyeste, triom-phe de son malheureux frère, après lui avoir faitmanger ses enfants. Et, dans les comédies dePlaute et de Térence, que voyons-nous autre choseque de jeunes fous qui, après avoir, par quelquetromperie, tiré de l’argent de leurs pères, pourdépenser à la suite de leurs amours déréglées,sont enfin richement mariés; et des esclaves qui,après avoir conduit toute l’intrique, et servi deministres à leurs débauches, obtiennent leur libertépour récompense? Ce sont des exemples qui neseraient non plus propres à imiter que les mau-vaises finesses de notre Menteur. Vous me deman-derez en quoi donc consiste cette utilité de lapoésie, qui en doit être un des grands ornements,et qui relève si haut le mérite du poète quand ilen enrichit son ouvrage. J’en trouve deux à monsens : l’une empruntée à la morale, l’autre qui luiest particulière : celle-là se rencontre aux sentenceset réflexions que l'on peut adroitement semerpresque partout ; celle-ci en la naïve peinture desvices et des vertus. Pourvu qu’on les sache mettreen leur jour, et les faire connaître par leurs véri-tables caractères, celles-ci se feront aimer, quoi-que malheureuses, et ceux-là se feront détester,quoique triomphants. Et comme le portrait d’unelaide femme ne laisse pas d’être beau, et qu’iln’est pas besoin d’avertir que l’original n’en estpas aimable pour empêcher qu’on l’aime, il en estde même dans notre peinture parlante : quand lecrime est bien peint de ses couleurs, quand lesimperfections sont bien figurées , il n’est pas be-soin d’en voir un mauvais succès à la fin pouravertir qu’il ne les faut pas imiter; et je m’assureque, toutes les fois que le Menteur a été repré-senté, bien qu’on l’ait vu sortir du théâtre pouraller épouser l’objet de ses derniers désirs, il n’y aa eu personne qui se soit proposé son exemple pouracquérir une maîtresse, et qui n’ait pris toutes sesfourbes, quoique heureuses, pour des friponneriesd’écolier, dont il faut qu’on se corrige avec soin, sil’on veut passer pour honnête homme. Je vous di-rais qu’il y a encore une autre utilité propre à latragédie, qui est la purgation des passions ; maisce n’est pas ici le lieu d'en parler, puisque ce n’estqu’une comédie que je vous présente. Vous y pour-rez rencontrer en quelques endroits ces deux sortesd’utilités dont je vous viens d’entretenir. Je vou-drais que le peuple y eut trouvé autant d’agréable,afin que je vous pusse présenter quelque chosequi eût mieux atteint le but de l’art. Telle qu’elleest, je vous la donne, aussi bien que la première,et demeure de tout mon cœur, monsieur, votretrès-humble serviteur,
COENEILLE.