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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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28V * DON SAN0IIE D’ARAGON. ACTE III. SCENE III.

I) . AI.VAI1.

Ali! laissez-moi, madame, adorer ce courroux,•l’avais cru jusqu’ici mou combat magnanime ;iMais je, suis trop heureux s’il passe pour un crime,Et si, quand de vos lois l'honneur me fait sortir,Vous m’estimez assez pour vous en ressentir.

De ce crime vers vous quels que soient les supplices,Du moins il m'a valu plus que tous mes services,Puisqu'il me fait connaître, alors qu’il vous déplaît,Que vous daignez en moi prendre quelque intérêt.

J) . FLAIRE.

Le crime, don Alvar, dont je semble irritée,

C’est qu'on me persécute après m’avoir quittée ,Et, pour vous dire encor quelque chose de plus,

.le me fâche d'entendre accuser jnes refus.

Je suis reine sans sceptre, et n’en ai que le titre;Le pouvoir m’en est dd, le temps en est l'arbitre.Si vous m’avez servie en généreux amantQuand j'ai reçu du ciel le plus dur traitement,

J’ai tâché d’y répondre avec toute l’estimeQue pouvait en attendre un coeur si magnanime.Pouvais-je en cet exil davantage sur moi?

Je ne veux point d’époux que je n’en fasse un roi ;Et je n’ai pas une âme assez basse et communePour en faire un appui de ma triste fortune.

C’est chez moi, don Alvar, dans la pompe et l’éclat,Que me le doit choisir le bien de mon état.

Il fallait arracher mon sceptre à mon rebelle,

Le remettre en ma main pour le recevoir d’elle;Je vous aurais peut-être alors considéréPlus que ne m’a permis un sort si déploré :

Alais une occasion plus prompte et plus brillanteA surpris cependant votre amour chancelante;

Et, soit que votre cœur s’y trouvât disposé,

Soit qu’un si long refus l’y laissât exposé,

Je ne vous blâme point de l’avoir acceptée :

De plus constants que vous l’auraient bien écoutée.Quelle qu’en soit pourtant la cause ou la couleur,Vous pouviez l’embrasser avec moins de chaleur,Combattre le dernier, et, par quelque apparence,Témoigner que l’honneur vous faisait violence ;

De cette illusion l'artifice secretM’eut forcéeà vous plaindre et vous perdre à regret :Mais courir au-devant, et vouloir bien qu’on voieQue vos vœux mal reçus m’échappent avec joie!

1). ALVAll.

Vous auriez doncvoulu que l’honneur d’un tel choixEût montré votre amant le plus lâche des trois?Que pour lui cette gloire eûteu trop peu d’amorces,Jusqu’à ce qu’un rival eût épuisé ses forces?Que...

D. F.I.VIRE.

Vous achèverez au sortir du combat,

Si toutefois Carlos vous en laisse en état.

Voilà vos deux rivaux avec qui je vous laisse,

Et vous dirai demain pour qui je m’intéresse.

I). ALVAR.

llélas! pour le bien voir je n’ai que trop de jour.

SCÈNE II.

D. MANRIQUE, D. T.OPE, D. ALVAR

D. MANRIQUE.

Qui vous traite le mieux, la fortune, ou l’aniom •La reine charme-t-elle auprès de doue Elvire?

n. AI.VAIt.

Si j’emporte la bague, il faudra vous le dire.

1). LOPE.

Carlos vous nuit partout, du moins à ce qu’on ctotC

1). ALVAR.

Il fait plus d'un jaloux , du moins à ce qu’on vod-n. i.opf..

Il devrait par pitié vous céder l’une ou l’autre-n. alvar.

Plaignant mon intérêt, n'oubliez pas le vôtre.

J). .MANRIQUE.

De vrai, la presse est grande à qui le fera roi-

n. ALVAR.

Je vousplainsforttous deux,s’il vient à bout de l,,nl '

I). MANRIQUE. ,

Mais si vousle vainquez, serons-nous fort à plan ' 1 * 1

I). ALVAR.

Quand je l’aurai vaincu, vous aurez fort à crain

n. i.o pi:. r

Oui, de vous voir longtemps hors de combat pn. ai.var. f" 011 ’

Nous aurons essuyé les plus dangereux coups-

1). MANRIQUE.

I/heure nous tardera d’en voir l'expérience-1). AI.VAR.

On pourra vous guérir de cette impatience.

I). LOPE.

De grâce, faites donc que ce soit prompte |ll(,|lt '

SCÈNE III.

D. ISABELLE, I). MANRIQUE, D. AT- vAB ’I). I.OPE.

». ISARELLE.

Laissez-moi, don Alvar, leur parler un moi ' 1Je n’entreprendrai rien à votre préjudice;

Et mon dessein ne va qu’à vous faire juste e,

Qu’à vous favoriser plus que vous ne voulez-

n. ALVAR.

Je ne sais qu’obéir alors que vous parlez.