O ^ O <C- O G
\^> 'ô'/'v >. V- '. ‘ V v'^'-'.
*vK__*\,vg_ , ' .-■A
NICOMÈDE
TRAGEDIE EN CINQ ACTES.
1652 .
PRÉFACE DE VOLTAIRE.
Nicomède est dans le goût de Don Sancheû Aragon. Les Espagnols, comme on l’a déjà dit,s °ntles inventeurs de ce genre, qui est une espèce' - comédie héroïque. Ce n’est ni la terreur ni la pitié® h» vraie tragédie ; ce sont des aventures extra-binaires, des bravades, des sentiments généreuxet une intrigue dont le dénouement heureux nec °ûte ni de saug aux personnages, ni de larmes;i ." x spectateurs. L’art dramatique est une imita-l‘°u de la nature, comme l’art de peindre. Il y a, Ps sujets de peinture sublimes, il y en a de simples;j y ie commune, la vie champêtre, les paysages,, s grotesques même, entrent dans cet art : Ra-. ' a cl a peint les horreurs de la mort, et les nocese Psyché C’est ainsi que dans l’art dramatique.* a la pastorale, la farce, la comédie, la tragédiel,s °u moins héroïque, plus ou moins terrible,J, ( " s °u moins attendrissante. Lorsqu'on rejoua,y . ''b Nicomède, oublié pendant plus de quatre-"'gts ans, les Comédiens du Roi ne l’annoncèrente sous le titre de tragi-comédie. Cette pièce est^ut-être une des plus fortes preuves du génie deVieille; et je ne suis pas étonné de l’affectionj p *1 avait pour elle. Ce genre est non-seulementt r 11101 ns théâtral de tous, mais le plus difficile à,. ait er. „’ a p 0I - nt ce t te magie qui transpose
‘Une
i comme le dit si bien Horace:
[Ue per cxloivum fnncm mihi posse vidclurJ rc poêla, meurn qui pcctus inaniler angii,
J rr itai, niulcel, falsis lerroribus impict,
Riagus ; cl modo me Thebis, modo ponit Alhcn is.
p
^ e ~ ei 're de tragédie ne se soutenant point parles f U, ' et Pathétique, par de grands tableaux , part ei . Ureurs ( l es passions, l’auteur ne peut qu’exci-, Jiè Un sentiment d’admiration pour le héros de la,r on ^ ‘'ulnuration n’émeut guère l’Ame, et ne la,le point : c’est, de tous les sentiments, celui
qui se refroidit le plus tôt. Le caractère de Nico-mède, avec une intrigue terrible, telle que cellede Rodogune, eût été un chef-d’œuvre.
AU LECTEUR.
Voici une pièce d’une constitution assez extraor-dinaire : aussi est-ce la vingt et unième que j’ai faitvoir sur 1e théâtre ; et, après y avoir fait réciterquarante mille vers, il est bien malaisé de trouverquelque chose de nouveau, sans s'écarter un peudu grand chemin, et se mettre au hasard de s’éga-rer. La tendresse et les passions, qui doivent êtrel'âme des tragédies, n’ont aucune part en celle-ci ;la grandeur de courage y règne seule, et regardeson malheur d’un cril si dédaigneux qu’il n’en sau-rait arracher une plainte. Pille y est combattue parla politique, et n’oppose à ses artifices qu’une pru-dence généreuse , qui marche à visage découvert,qui prévoit le péril sans s’émouvoir, et ne veutpoint d’autre appui que celui de sa vertu, et del’amour qu’elle imprime dans les cœurs de tous lespeuples. L’histoire qui m’a prêté de quoi la faireparaître en ce haut degré est tirée de Justin; etvoici comme il la raconte à la lin de son trente-quatrième livre :
« Eu même temps Prusias, roi de Bitbynie, prit« dessein de faire assassiner son fils Nicomède,« pour avancer ses autres fils qu’il avait eus d’une« autre femme, et qu'il faisait élever à Rome :
« mais ce dessein fut découvert à ce jeune prince« par ceux même qui l’avaient entrepris : ils firent« plus , ils l’exhortèrent à rendre la pareille à un« père si cruel, et faire retomber sur sa tête les» embûches qu’il lui avait préparées, et n eurent« pas grande peine à le persuader. Sitôt donc qu’il« fut entré dans le royaume de son père, qui l’avait« appelé auprès de lui, il fut proclamé roi, et Pru-« sias, chassé du trône, et délaissé même de ses