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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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N ICO ME DE

ACTE 1, SCÈNE I.

29 !)

ÎVrCOJlÈDE.

Je le sais, ma princesse, et qu’il vous fait la cour.Je sais que les Romains, qui l’avaient en otage,T'ont enfin renvoyé pour un plus (liane ouvrage;Que ce don à ma mère était le prix fatall'ont leur Flaminius marchandait Annihal ;

Que le roi par son ordre eut livré ce grand homme,S’il n’eiit par le poison lui-même évité Rome,

Tt rompu par sa mort les spectacles pompeuxOù l’effroi de son nom le destinait chez eux.

J'ai’ mon dernier combat je voyais réunieTa Cappadoce entière avec la Bithynie,lorsqu’à cette nouvelle, enflammé de courrouxD’avoir perdu mon maître, etde craindre pourrons,J’ai laissé mon armée aux mains de Théagène,Pour voler en ces lieux au secours de ma reine.

J «us en aviez besoin, madame, et je le voi,Puisque Flaminius obsède encor le roiSi de son arrivée Annihal fut la cause,

Tui mort, ce long séjour prétend quelque autrecho-JJ je ne vois que vous qui le puisse arrêter, [se ;Tour aider à mon frère à vous persécuter.

LAOniCE.

J e ne veux point douter que sa vertu romaineM’embrasse avec chaleur l'intérêt de la reine :^tinibal, qu’elle vient de lui sacrifier,

T'engage en sa querelle, et m’en fait défier, [dre:Mlais, seigneur, jusqu’ici j’aurais tort de m'enplain-Tl, quoi qu’il entreprenne, avez-vous lieu de crain-

[dre?

^Ta gloire et mon amour peuvent bien peu sur moi,faut votre présence à soutenir ma foi,

Tt si je puis tomber en cette frénésieDe préférer Attale au vainqueur de l’Asie;

Vitale, qu’en otage ont nourri les Romains,

Du plutôt qu’en esclave ont façonné leurs mains,Sai| s lui rien mettre au coeur qu’une crainte servileQ l *i tremble à voir un aigle, et respecte un édile !

NTCOMÈDK.

j ùitot, plutôt la mort, que mon esprit jaloux’°nne des sentiments si peu dignes de vous.

''vains la violence, et non votre faiblesse;

J si Rome une fois contre nous s’intéresse...

LAODICE.

J, e s uis reine, seigneur; et Rome a beau tonner,ni votre roi n’ont rien à m’ordonner :

^ mes jeunes ans il est dépositaire,

’ est pour exécuter les ordres de mon père :

' n ’a donnée à vous, et nul autre que moia droit de l’en dédire, et me choisir un roi.son ordre et le mien, la reine d’Arméniedue à l’héritier du roi de Bithynie,

|j l n e prendra jamais un cœur assez abjectse laisser réduire à l’hymen d’un sujet :e tte7.-vn I)s en repos.

NI COM k ne.

F.t le puis-je, madame,

Vous voyant exposée aux fureurs d’une femmeQui, pouvant tout ici, se croira tout permisPour se. mettre en état de voir régner son lils ?

Il n'est rien de si saint qu’elle ne fasse enfreindre.Qui livrait Annihal pourra bien vous contraindre,Et saura vous garder même fidélitéQu’elle a gardée aux droits de l’hospitalité.

J.400ICE.

Mais ceux de la nature ont-ils un privilègeQui vous assure d’elle après ce sacrilège?Seigneur, votre retour, loin de rompre ses coups ,Vous expose vous-même, et m’expose après vous.Comme il est fait sans ordre, il passera pour crime;Et vous serez bientôt la première victimeQue la mère et le fils, ne pouvant m’ébranler,

Pour m’ôter mon appui se voudront immoler.

Si j’ai besoin de vous de peurqu’on me contraigne,J’ai besoin que le roi, qu’elle-même vous craigne.Retournez à l’armée, et pour me protégerMontrez cent mille bras tout prêts à me venger.Parlez la force en main, et hors de leur atteinte :S’ils vous tiennent ici, tout est pour eux sans crainte,Et ne vous flattez point ni sur votre grand cœur,Ni sur l’éclat d’un nom cent et cent fois vainqueur;Quelque haute valeur que puisse être la vôtre,Vous n’avez en ces lieux que deux bras comme un

[autre ;

Et, fussiez-vous du monde et l’amour et l’effroi,Quiconque entre au palais porte sa tête au roi.

Je vous le dis encor, retournez à l’armée;

Ne montrez à la cour que votre renommée ;

Assurez votre sort pour assurer le mien;

Faites que l’on vous craigne, etje ne craindrai rien.nicomf.de.

Retourner à l’armée! ah! sachez que la reineLa sème d’assassins achetés par sa haine;

Deux s’y sont découverts que j'amène avec moiAfin de la convaincre et détromper le roi.Quoiqu’il soit son époux, il est encor mon père;Et, quand il forcera la nature à se taire,

Trois sceptres à son trône attachés par mon lirasParleront au lieu d’elle, et ne se tairont pas.

Que si notre fortune à ma perte animéeLa prépare à la cour aussi bien qu’à l'armée,Dans ce péril égal qui me suit en tous lieux,M’envîrez-vous l’honneur de mourir à vos yeux?

I, AOD ICE.

Non, je ne vous dis plus désormais que je tremble,Mais que, s’il faut périr, nous périrons ensemble,Armons-nous de courage, et nous ferons tremblerCeux dont les lâchetés pensent nous accabler.

Le peuple ici vous aime, et hait ces cœurs infâmes;Et c’est être bien fort que régner sur tant d'innés.Mais votre frère Attale adresse ici ses pas.