Buch 
Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
Seite
496
JPEG-Download
 

496

LE COMTE D’ESSEX, ACTE II, SCÈNE T.

Que j’ai pour un héros qui doit haïr le crime,

Et me tiendrais heureux que sa sincéritéContre vos ennemis fit votre sûreté.

LE COMTE D’ESSEX.

Ce zèle me surprend, il est et noble et rare;

Et comme à m’accabler peut-être on se prépare,Je vois qu’en mon malheur il doit m’être bien douxDe pouvoir espérer un juge tel que vous ;

J’en connais la vertu. Niais achevez, de grâce,Vous devez être instruit de tout ce qui se passe.'Ma haine à vos amis étant à redouter,

Quels crimes pour me perdre osent-ils inventer?Et, près d’être accusé, sur quelles imposturesAi-je pour y répondre à prendre des mesures?Rien ne vous est caché; parlez, je suis discret,

Et j’ai quelque intérêt à garder le secret.

CÉCILE.

C’est reconnaître mal le zèle qui m'engageA vous donner avis de prévenir l’orage.

Si l’orgueil qui vous porte à des projets trop hautsFait parmi vos vertus connaître des défauts,

Ceux qui pour l’Angleterre en redoutent la suiteOnt droit de condamner votre aveugle conduite.Quoique leur sentiment soit différent du mien,

Ce sont gens sans reproche, et qui ne craignent rien,

LE COMTE D’ESSEX.

Ces zélés pour l’état ont mérité sans douteQue, sans mal juger d’eux, la reine les écoute;

J’y crois de la justice, et qu’enfin il en estQui, parlant contre moi, parlent sans intérêt.Alais Raleigh, mais Coban, mais vous-même peut-Vous en avez beaucoup à me déclarer traître, [être,Tant qu’on me laissera dans le poste où je suis,Vos avares desseins seront toujours détruits.

Je vous empêcherai d’augmenter vos fortunesPar le redoublement des misères communes ;

Et le peuple, réduit à gémir, endurer,

Trouvera, malgré vous, peut-être à respirer.

CÉCILE.

Ce que ces derniers jours nous vous avons vu faireMontre assez qu’en effet vous êtes populaire.Mais, dans quelque haut rang que vous soyez placé,Souvent le plus heureux s’y trouve renversé :

Ce poste a ses périls.

LE COMTE D’ESSEX.

Je l’avoûrai sans feindre,Comme il est élevé, tout m’y paraît à craindre :Niais, quoique dangereux pour qui fait un faux pas,Peut-être encor sitôt je ne tomberai pas,

Et j'aurai tout loisir, après de longs outrages,D’apprendre qui je suis à des batteurs à gages,Qui, me voyant du crime ennemi trop constant,

Ne peuvent s’élever qu’en me précipitant.

CÉCILE.

Sur un avis donné...

LE COMTE D’ESSEX.

L’avis m’est favorable :

Mais comme l’amitié vous rend si charitable,Depuis quand et sur quoi vous croyez-vous permisDe penser que le temps.ait pu nous rendre amis?Est-ce que l’on m’a vu, par d’indignes faiblesses,Aimer les lâchetés, appuyer des basseses,

Et prendre le parti de ces hommes sans foiQui de l’art de trahir font leur unique emploi?

CÉCILE.

Je souffre par raison un discours qui m’outrage;Mais, réduit à céder, au moins j’ai l’avantageQue la reine, craignant les plus grands attentats,Vous traite de coupable, et ne m’accuse pas.

LE COMTE «’ESSEX.

Je sais que contre moi vous animezda reine.Peut-être à la séduire aurez-vous quelque peine ;Et, quand j’aurai parlé, tel qui noircit ma foiPour obtenir sa grâce aura besoin de moi.

CÉCILE, seul.

Agissons, il est temps ; c’est trop faire l’esclave.Perdons un orgueilleux dont le mépris nous brave :Et no balançons plus, puisqu’il faut éclater,

A prévenir le coup qu’il cherche à nous porter.

ACTE DEUXIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

ÉLISABETH', TILN’EY.

ÉLISABETH.

En vain tu crois tromper la douleur qui m’accable,C’est parce qu’il me hait qu’il s’est rendu coupable,

Et la belle Suffolk, refusée à ses vœux,

Lui fait joindre le crime au mépris de mes feux.Pour le justifier, ne dis point qu’il ignoreJusqu’où va le poison dont l’ardeur me dévore :

11 a trop de ma bouche, il a trop de mes yeuxAppris qu’il est, l’ingrat, ce que j’aime le mieux-Quand j’ai blâmé son choix, n’était-ce pas lui direQue je veux que sou cœur pour moi seule soupne-Et mes confus regards n’ont-ils pas expliqueCe que par mes refus j’avais déjà marque ?

Oui, de ma passion il sait la violence;

Mais l’exil de Suffolk l’arme pour sa vengeance ■Au crime pour lui plaire il s’ose abandonner,

Et n’en veut à mes jours que pour la couronnei.T1LNEY.

Quelques justes soupçons que vous en puissiez prenJ’ai peine contre vous à ne le pas défendre : L r ’