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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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LE COMTE D’ESSEX,

LE COMTE D’ESSEX, lui donnant son épée.

Prenez.

Vous avez dans vos mains ce que toute la terreA vu plus d’une fois utile à l’Angleterre.

Marchons : quelque douleur que j’en puisse sentir,La reine veut se perdre, il faut y consentir.

ACTE TROISIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

Elisabeth, Cécile, tilney.

ÉLISABETH.

Le comte est condamné?

CÉCILE.

C’est à regret, madame,Qu’on voit son nom terni par un arrêt infâme :Ses juges l’en ont plaint ; mais tous l’ont à la foisConnu si criminel, qu’ils n’ont eu qu’une voix.Comme pour affaiblir toutes nos procéduresSes reproches d’abord m’ont accablé d’injures ;Ravi, s’il se pouvait, de le favoriser,

J’ai de son jugement voulu me récuser.

T.a loi le défendait; et c’est malgré moi-mêmeQue j’ai dit mon avis dans le conseil suprême,Qui, confus des noirceurs de son lâche attentat,

A cru devoir sa tête au repos de l’état.

ÉLISABETH.

Ainsi sa perfidie a paru manifeste?

CÉCILE.

Le coup pour vous, madame, allait être funeste:Du comte de Tyron, de l’Irlandais suivi,

11 en voulait au trône, et vous l’aurait ravi.

ÉLISABETH.

Ah ! je l’ai trop connu, lorsque la populaceSeconda contre moi son insolente audace :

A m’ôter la couronne il croyait l’engager.

Quelle excuse à ce crime? et par où s’en purger ?Qu’a-t-il répondu ?

CÉCILE.

Lui ? qu’il n’avait rien à dire ; ■Que, pour toute défense, il nous devait suffireDe voir ses grands exploits pour lui s’intéresser ;Et que sur ces témoins on pouvait prononcer.

ÉLISABETH.

Que d’orgueil! Quoi! tout prêt à voir lancerlafoudre,Au moindre repentir il ne peut se résoudre !Soumis à ma vengeance, il brave mon pouvoir!

Il ose...

CÉCILE.

Sa fierté ne se peut concevoir :

ACTE 111, SCÈNE II.

On eût dit, à le voir plein de sa propre estime,

Que ses juges étaient coupables de son crime,

Et qu’ils craignaientpour lui, dans cepas hasardeux,Ce qu’il avait l'orgueil de ne pas craindre d’eux.

ÉLISABETH.

Cependant il faudra que cet orgueil s’abaisse.

Il voit, il voit l’état où son crime le laisse :

Le plus ferme s’ébranle après l’arrêt donné.

CÉCILE.

TJn coup si rigoureux ne l’a point étonné.

Comme alors on conserve une inutile audace,

J’ai voulu le réduire à vous demander grâce.

Que ne m’a-t-il point dit! J’en rougis, et me tais.

ÉLISABETH.

Ah ! quoiqu’il la demande, il ne l’aura jamais.

De moi tantôt, sans peine, il l’aurait obtenue :J’étais encor pour lui de bonté prévenue ;

Je voyais à regret qu’il voulût me forcerA souhaiter l’arrêt qu’on vient de prononcer ;

Mon bras, lent à punir, suspendait la tempête :

Il me pousse à l’éclat, il paîra de sa tête.

Donnez bien ordre à tout. Pour empêcher sa mort,Le peuple, qui la craint, peut faire quelque effort;Il s’en est fait aimer : prévenez ces alarmes;

Dans les lieux les moins sûrs faites prendre les ar-N’oubliez rien. Allez. [mes;

CÉCILE.

Vous connaissez ma foi.

Je réponds des mutins, reposez-vous sur moi.

SCÈNE II.

Elisabeth, tilney.

ÉLISABETH.

Enfin, perfide, enfin ta perte est résolue;

C’en est fait, malgré moi, toi-même l’as conclué!De ma lâche pitié tu craignais les effets :

Plus de grâce, tes vœux vont être satisfaits.

Ma tendresse emportait une indigne victoire,

Je l’étouffe : il est temps d’avoir soin de ma gloire;11 est temps que mon cœur, justement irrité,Instruise l’univers de toute ma fierté.

Quoi ! de ce cœur séduit appuyant l’injustice,

De tes noirs attentats tu l’auras fait complice ;

.T’en saurai le coup près d’éclater, le verrai,

Tu m’auras dédaignée; et je le souffrirai!

Non, puisqu’en moi toujours l’amantéte fit peine,Tu le veux, pour te plaire il faut paraître reine,

Et reprendre l’orgueil que j’osais oublierPour permettre à l’amour de te justifier.

TILNEY.

A croire cet orgueil peut-être un peu trop prompte,Vous avez consenti qu’on ait jugé le comte.

On vient de prononcer l’arrêt de son trépas;