5o pétition
(luire , de les soutenir jusqu’aux portes des pri-sons. On repoussa des enfans qui demandaientencore un regard de leur père, et voulaient sa-voir en quel lieu il allait être enseveli. Des dixarrêtés cette fois, il n’y en avait point qui nelaissât une famille à l’abandon. Brulon et sa femme,tous deux dans les cachots six mois entiers, léursenfans, autant de temps, sont demeurés orphe-lins. Pierre Aubert, veuf, avait un garçon et unefille; celle-ci de onze ans, l’autre plus jeune en-core, mais dont, à cet âge, la douceur et l’intelli-gence intéressaient déjà tout le monde. A cela sejoignait alors la pitié qu’inspirait leur malheur,chacun de son mieux les secourut. Rien ne leureût manqué, si les soins paternels se pouvaientremplacer; mais la petite bientôt tomba dans unemélancolie dont on ne la put distraire. Cette nuit,ces gendarmes, et son père enchaîné, ne s’effa-çaient point de sa mémoire. L’impression de ter-reur qu’elle avait conservée d’un si affreux réveil,ne lui laissa jamais reprendre la gaieté ni les jeuxde son âge; elle n’a fait que languir depuis, etse consumer peu à peu. Refusant toute nourri-ture, sans cesse elle appelait son père. On crut,en le lui faisant voir, adoucir son chagrin, etpeut-être la rappeler à la vie; elle obtint, maistrop tard, l’entrée de la prison. Il l’a vue, il l’aembrassée, il se flatte de l’embrasser encore; il nesait pas tout son malheur, que frémissent de lui