56
PETITION
Or, dans cette province, de tout temps si heu-reuse, si pacifique, si calme, il n’y a point decanton plus paisible que Luynes. Là, On ne saitce que c’est que vols, meurtres, violences; et lesplus anciens de ce pays, où l’on vit long-temps ,n’y avaient vu ni prévôts ni archers, avant ceuxqui vinrent,l’an passé, pour apprendre à vivre àFouquet. Là, on ignore jusqu’aux noms de fac-tions et de partis ; on cultive ses champs ; on nese mêle d’autre chose. Les haines qu’a seméespai’tout la révolution n’ont point germé cheznous, où la révolution n’avait fait ni victimes, nifortunes nouvelles. Nous pratiquons surtout leprécepte divin d’obéir aux puissances; mais,avertis tard des changemens, de peur de ne pascrier à propos : Vive le Roi! vive la Ligue ! nousne crions rien du tout; et cette politique nousavait réussi, jusqu’au jour où Fouquet passa de-vant le mort sans ôter son chapeau. À présentinème, je m’étonne qu’on ait pris ce prétexte decris séditieux pour nous persécuter : tout autreeût été plus plausible; et je trouve qu’on eût aussibien fait de nous brûler comme entachés de l’hé-résie de nos ancêtres, que de nous déporter ounous emprisonner comme séditieux.
Toutefois vous voyez que Luynes n’est point,messieurs, comme vous l’auriez pu croire, uncentre de rébellion, un de ces repaires qu’onlivre à la vengeance publique, mais le lieu le plus