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LETTRES
eu affaire depuis un certain temps, savans, j uges,ministres, je n’ai pu vraiment faire entendre rai-son qu a ceux-ci. J’ai trouvé les ministres incom-parablement plus amis des belles-lettres que l’aca-démie de ce nom, et plus justes que la justice. Cecisoit dit sans déroger à mes principes d’opposition.
Vous nous plaignez beaucoup, nous autrespaysans, et vous avez raison, en ce sens quenotre sort pourrait être meilleur. Nous dépen-dons d’un maire et d’un garde-champêtre quise fâchent aisément. L’amende et la prison nesont pas des bagatelles. Mais songez donc, mon-sieur, qu’autrefois on nous tuait pour cinq sousparisis. C’était la loi. Tout noble ayant tué unvilain devait jeter cinq sous sur la fosse du mort.Mais les lois libérales ne s’exécutent guère, et laplupart du temps on nous tuait pour rien. Main-tenant il en coûte à un maire sept sous et demide papier marqué pour seulement mettre en pri-son l’homme qui travaille, et les juges s’en mê-lent. On prend des conclusions, puis on rend unarrêté conforme au bon plaisir du maire et dupréfet. Vous paraît-il, monsieur, que nous ayonspeu gagné en cinq ou six cents ans? Nous étionsla gent corvéable , taillable et tuable à volonté;nousne sommes plus c\vl incarcérables. Est-ceassez,direz-vous? Patience; laissez faire; encore cinqou six siècles, et nous parlerons au maire toutcommeje vous parle ; nous pourrons lui demander