AU RÉDACTEUL du censeur. 69
mandera peut-être combien de gens en Franceont le droit ou le pouvoir d’emprisonner qui bonleur semble, sans être tenus de dire pourquoi.Est-ce une prérogative des procureurs du roi etde leurs substituts? Je le croirais, quant à moi.
, Ces places sont recherchées; ce n’est pas pourl’ar-I gent. On en donnait jadis, on en donnait beaucouppour être procureur du roi. Fouquet vendit sacharge dix-liuit cent mille francs, cinq millionsd’aujourd’hui, et elles coûtent à présent bien plusque de l’argent. Ce qu’achètent si cher d'hon-nêtes gens, c’est l’honneur ( l'honneur seulpeutflal-ler un esprit généreux ), ce sont les privilèges at-tachés à ces places. En est-il en effet de plus beau,de plus grand que de pouvoir dire : Gendarmes,qu’on l’arrête, qu’on le mène en prison. Cela nesent pas du tout le robin, l’homme de loi. On nevoit rien là-dedans de ces lentes et pesantes for-; malités de justice que le cardinal de Retz repro-che, avec tant déraison, à la magistrature, etqui, tant de fois, le firent enrager, comme lui-même le raconte.
11 ne se plaindrait pas maintenant : tout achangé au-delà même de ce qu’il eût pu désirer, alors. Notre jurisprudence, nos lois sont prévô-jj taies; nos magistrats aussi doivent être expédi-tifs et le sont. Vite, tôt; emprisonnez, tuez; onn’aurait jamais fait s’il fallait tant d’ambages etde circonlocutions. Tout chez nous porte em-