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Tome premier.
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AU RÉDACTEUR DU CENSEUR.

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n’a point d’autre crainte ; se moque égalementde la noblesse et du tiers, n’ayant d’égard quepour le clergé. Voilà certainement ce qu’il veutqu’on croie de lui ; mais de là à ce qu'il pense,vous ne pouvez rien conclure, ni même formerde conjectures, fussiez-vous son intime ami, sonconfident, ou mieux, son valet de chambre. Caril n’est pas donné à l’homme de savoir ce quepense un courtisan, ni s’il pense. O altitudo !

Vous n’avez donc nulle preuve, et n’en sauriezavoir, de ces sentimens que vous attribuez aupremier ministre ; mais quand vous en auriez,quand nous serions certains (comme, à vous direvrai, j’y vois de l’apparence) que M. Decazes anfond n’a pas pour nous beaucoup de considéra-tion , faudrait-il nous en plaindre et nous enétonner? Il nous voit si petits de ces hautes ré-gions où la faveur l’emporte, qu’à peine il nousdistingue ; il ne nous connaît plus ; il ne se sou-vient plus des choses d’ici-bas, ni d’avoir joué à lafossette. Et, en un autre sens, M. Decazes est dela cour; il n’est pas de Paris, de Gonesse ou deRouen,comme,par exemple, nous sommesde notrepays, chacun de son village, et tous Français; maislui : la cour est mon pays , je n’en connais pointd’autre; et,de fait,y en a-t-il d’autre? On le sait; dansl’idée de tous les courtisans, la cour est l’univers;leur coterie, c’est le monde ; hors de là, c’est néant.La nature, pour eux, se borne à l’oeil-de-bœuf.