AU RÉDACTEUR DU CENSEUR.
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LETTRE X.
Véretz, 10 mars i 8 îo.
Monsieur ,
C’est l’imprimerie qui met le inonde à mal.C’est la lettre moulée qui fait qu’on assassine de-puis la création ; et Caïn lisait les journaux dansle paradis terrestre. Il n’en faut point douter; lesministres le disent, les ministres ne mentent pas,à la tribune surtout.
Que maudit soit l’auteur de cette damnableinvention, et, avec lui, ceux qui en ont perpétuél’usage, ou qui jamais apprirent aux hommes àse communiquer leurs pensées ! pour telles gensl’enfer n’a point de chaudières assez bouillantes.Mais remarquez, monsieur, le progrès toujourscroissant de la perversité. Dans l’état de naturecélébré par Jean-Jacques avec tant de raison,l’homme exempt de tout vice et de la corruptiondes temps où nous vivons, ne parlait point, maiscriait, murmurait ou grognait, selon ses affec-tions du moment. Il y avait plaisir alors à gou-verner. Point de pamphlets, point de journaux,point de pétitions pour la charte, point de ré-clamations sur l’impôt. Heureux âge qui duratrop peu !