AU REDACTEUR DU CENSEUR. U g
Préfets , télégraphes, gendarmes , censure , loides suspects, rien n’y sert; missionnaires , jé-suites, aumôniers, y perdent leur peu de latin :et l’on a beau prêcher, menacer, caresser, pro-mettre , destituer, dès qu’il s’agit d’élire, les choixtombent sur des hommes. Soit hasard ou malice ,en voilà cent quinze de compte fait dans uneseule chambre où il y en aurait bien plus, n’é-tait ce qui s’y introduit de la couret des anticham-bres ministérielles. Anglais, dont on nous vanteici l’esprit public , ayant lait ce mot, vous avez lachose sans doute; mais, en bonne foi, croyez-vous vos ministres fort empêchés à écarter deleur chemin les citoyens incorruptibles, à se dé-barrasser de ces gens que rien ne peut gagner,qui ne composent point, ne connaissent que leurmandat, et ne voient de bien pour eux que dansle bien commun de tous, préférant l’estime pu-blique aux places offertes ou acquises, aux rangs ,aux honneurs, à l’argent, et, que sert de le dire?à la vie, moins chère , moins nécessaire aux hom-mes, sans quoi les verrait-on en faire si bonmarché ? Aurions-nous vu, dans le cours de nosrévolutions, tant d’ames à l’épreuve du péril, sipeu à l’épreuve de l’or et des discussions, et sou-vent le plus brave soldat être le plus lâche cour-tisan , s’il n’était vrai qu’on aime les biens et leshonneurs plus que la vie? Celui qui meurt pourson pays fait moins que celui qui refuse de gou-