Band 
Tome premier.
Seite
270
JPEG-Download
 

PROCÈS

notez bien, ce senties sectes rigides qui croientles mots indifférens. Nous autres, paysans, te-nons cette opinion de nos maîtres stoïques, gensde travail jadis. Nous regardons aux actes sur-tout ; au langage peu : le sens , dans le discours ,non les termes, nous touche. Mais d’autres pen-sent autrement, et les sages suivant la cour,parmi lesquels on peut compter messieurs lesprocureurs du roi, sont farouches sur les pa-roles. La morale est toute dans les mots, selon eux,plus sévères que ceux qui la mettent toute dansles grimaces. Ainsi, qu’on joue sur vos théâtresGeorges Dandin et d’autres pièces où l’adultèreest en action, mais où le mot ne se prononce pas,ils n’y voient rien à redire, rien contre la moralepublique, et applaudissent à la peinture desvieilles moeurs qu’on veut nous rendre. Moi, queje me trouve là par hasard, homme des champs ,dont les paroles vous scandalisent, monsieur l’a-vocat-géne'ral, je rougis en voyant représentée ,figurée, en public admirée, la dégoûtante dé-bauche, la corruption infecte; je murmure, etc’est moi qui offense la morale. On me le prou-vera bien. Autre exemple : en tous lieux, et mêmedans les églises, j’entends chanter ici : CharmanteGahrielle , au grand contentement de tous lesmagistrats conservateurs des mœurs. Apprenantce que c’est que cette Gabrielle, je m’écrie aus-sitôt : infâme créature, débauchée, prostituée.