ÉCRITES DE FRANCE ET D’iTALIE. H7
aurez appris que nous perdîmes contre eux-, il ya deux mois, une bataille et toute la Calabre.Nous regagnerons peut-être la Calabre, mais nonla bataille. Ceux qui sont morts, sont morts ;tout ce que nous pourrons faire, ce sera de leurtuer autant de monde qu’ils nous en ont tué.Bientôt, selon toute apparence, nous auronscette consolation, ou pis que la première fois.Quoi qu’il en soit, la guerre m’occupe tout en-tier, et je ne pourrai de long-temps penser àautre chose; ainsi, Madame, je souhaite que,jusqu’à mon retour, vous conserviez chez vousles petits effets dont vous avez bien voulu vousfaire dépositaire.
Je remets au temps où j’aurai l’honneur devous voir, Dieu aidant, le détail de nos désastres.C’est une histoire qui commence niai, et dontpeu de nous verront la fin. Je ne suis pas desplus à plaindre, puisque j’ai encore tous mesmembres; mais la chemise que je porte ne m’ap-partient pas; jugez par-là de nos misères.
Si, en conséquence de ma dernière lettre,vous m’aviez adressé quelque paquet à Naples,ayez la bonté de m’envoyer les renseignemensnécessaires pour les réclamer. Je resterai ici tantqu’on y fera la guerre ; mais si l’on cesse de sebattre, je cours aussitôt à Rome, et tous mesmaux ne finiront que quand j’aurai le bonheurde vous revoir.