ÉCRITES DE FRANCE ET D’iTAUE. l3l
que nous décrochâmes un de nos hommes malpendu et mal poignardé,qui mange et boit main-tenant comme toi. On tue tant, on est si pressé,qu’on ne fait les choses qu’à moitié. Tout celan’est rien au prix de l’histoire de Mingrelot ; tudois la savoir, puisqu’il est à Naples. Il t’aura puconter aussi ce qui arriva à Maréchal, de son ré-giment, fusillé deux fois et vivant.
Mery, l’aide-de-camp de Saint-Cyr, n’a pas étési heureux : il est mort. Il fut blessé à la cuissedans une embuscade, et achevé par les chirur-giens à Castro-Villari. Alquier et Lejeune, chefde bataillon du même régiment, ont péri à Sci-gliano. Gastelet fut tué à Sainte-Euphémie. Com-père' a un bras coupé et une jambe qui ne vautguère mieux.
Pour moi, je n’ai garde de me plaindre. J’aiperdu plus que tous les autres en chevaux et eneffets; mais ma peau est entière, et j’ai le comptede mes membres. Je me suis vu quelquefois assezmal à mon aise; mais plus souvent j’ai eu du bon.Presque toujours bien avec le patron *, ma dis-grâce a duré autant que sa prospérité, ce quedurent les roses. Avant tout ceci on n’eût daignéabaisser un regard jusqu’à moi ; l’infortune l’hu-manise, et nous voilà de nouveau bons amis.
Les gens qui ne réfléchissent point, à la tête
1 Général de brigade.3 Le général Reynier.