Band 
Tome troisième.
Seite
175
JPEG-Download
 

ÉCRITES DE FRANCE ET ü’iTAUE. 1^5

avaient bien mines de charbonniers ; mais lamaison, vous l’eussiez prise pour un arsenal. Cen’étaient que fusils, pistolets, sabres, couteaux,coutelas. Tout me déplut, et je vis bien que jedéplaisais aussi. Mon camarade, au contraire : ilétait de la famille, il riait, il causait avec eux;et par une imprudence que j’aurais dû prévoir(mais quoi! s’il était écrit...) il dit d’abord d’oùnous venions, où nous allions, qui nous étions;Français, imaginez un peu! chez nos plus mor-tels ennemis, seuls, égarés, si loin de tout secourshumain! et puis, pour ne rien omettre de ce quipouvait nous perdre, il fit le riche, promit à cesgens pour la dépense, et pour nos guides le len-demain, ce qu’ils voulurent. Enfin, il parla de savalise, priant fort qu'on en eût grand soin, qu’onla mît au chevet de son lit ; il ne voulait point, di-sait-il, d’autre traversin. Ah! jeunesse! jeunesse!que votre âge est à plaindre! Cousine, on crut quenous portions les diamans de la couronne : cequ’il y avait qui lui causait tant de souci danscette valise, c’étaient les lettres de sa maîtresse.

Le souper fini on nous laisse ; nos hôtes cou-chaient en bas, nous dans la chambre hauteoù nous avions mangé; une soupente élevée desept à huit pieds, où l’on montait par une échelle,c’était là le coucher qui nous attendait, es-pèce de nid, dans lequel on s’introduisait en ram-pant sous des solives chargées de provisions pour