38o
É LOGIS
le frémissement des vagues annoncent l’approched’une tempête? Et se peut-il que tant de mer-veilles dont la vue met en extase une ame con-templative, qui, répandues dans la nature, fontsur les sens les plus grossiers des impressions siprofondes, ne frappent et n’éblouissent, rassem-blées dans un ouvrage où se joint à l’enthou-siasme inséparable du sujet le charme de l’illusion?
Buffon rappelle à ses lecteurs les objets quileur sont connus, comme s'ils s’offraient à la vue,et les familiarise même avec ceux dont toute no-tion leur est étrangère. Tout ce dont il parleest présent. On se transporte avec lui dans tousles lieux qu’il décrit. S’il nous représente les mœurset la vie des animaux sauvages de notre conti-nent, on le suit dans les forêts, on admire la na-ture inculte, le silence qui règne dans ces soli-tudes, et tant de choses muettes qui parlent àl’ame. On plaint le cerf victime d’un plaisir crueltrahi par la terre qu’il effleure à peine, et l’ons’intéresse aux amours fidèles , mais trop peupaisibles, d’un couple de chevreuils que la nais-sance unit, et que la mort seule sépare. S’il peinten d’autres climats une autre nature, sous leszones brûlées de l’Afrique et de l’Asie, on se croittransporté au milieu des déserts de l’Arabie, etl’on distingue à travers les sifflemens des reptilesla voix de l’onocrotale et le cri du jabiru, oubien on frémit en voyant sur les bords du Sé-