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Lorsqu’on pense à décrire le site et les monuments de l’antique Messène , l’esprit se trouve entraîné parla vive sympathie qu’éveillent les souvenirs d’héroïsme et de constance de son peuple, dans trois guerressuccessives dont le récit offre l’épisode le plus intéressant, peut-être, de l’histoire de la Grèce .
Avant le rétablissement de l’indépendance de cette contrée, par les Thébains , à la suite de la batailledeLeuctres, aucune ville n’avait porté le nom de Messène. Ce fut Epaminondas qui fonda cette nouvellecité au pied de l’Ithome, qui devint son acropole. Sur le sommet de ce mont, et dès la plus hauteantiquité, des temples étaient consacrés au culte des grandes déesses Cérès et Proserpine , ainsi qu’àJupiter Ithomate.
C’est sur l’Ithome, et presque dans le sanctuaire de leurs divinités tutélaires, que les Messéniens , acca-blés par la puissante Lacédémone , vinrent, dans la première et la troisième guerre qu elle leur suscita ,chercher un dernier refuge et se défendre avec un courage désespéré; mais après des années d’héroïquesefforts, deux fois ils y virent expirer leur liberté.
Sparte, que les institutions de Lycurgue avaient rendue forte et ambitieuse, convoitait les richescampagnes de la Messénie , et cherchait contre elle des prétextes de guerre. Une rixe violente, danslaquelle Téléclus, l’un de ses deux rois, fut tué, éclata àLimna, ville située sur la limite des deuxEtats et consacrée au culte commun des deux peuples. Ayant exigé des Messéniens des réparationshumiliantes qui leur furent refusées, les Lacédémoniens s’emparèrent aussitôt par surprise d’Ampheïa etdes autres places frontières, dont ils massacrèrent les habitants ( 744 av. J- C. ).
Les Messéniens coururent aux armes, et après plusieurs combats meurtriers dont le succès fut dou-teux, ils se retirèrent sur l’Ithome, dans la douzième année de la guerre.
Assiégés dans leur citadelle par une armée nouvelle, ils lui firent éprouver plusieurs défaites; maisune résistance si glorieuse et si longue épuisait toutes leurs ressources, et Aristodème, leur roi, aprèsavoir bravé pendant cinq ans les efforts des Spartiates, trouva sa position si désespérée qu’il se donnala mort.
Les Messéniens découragés, et d’ailleurs épuisés par la famine, abandonnèrent la place dans la ving-tième année de la guerre. Le peuple se retira sur le territoire de ses alliés, en Argolide et en Arcadie .Ceux qui restèrent en Messénie furent soumis à l’humiliante condition de porter à Sparte la moitié duproduit annuel de leurs terres; mais ce joug était trop pesant pour qu’il pût durer (724).
Quarante ans après la prise de l’Ithome , les Messéniens se révoltèrent et prirent pour chef un princedu sang royal, Aristomène , général habile et audacieux.
Après un premier combat soutenu glorieusement, Aristomène courut en Laconie , et pénétra pendantla nuit dans le temple de Minerve 5 au milieu de l’Acropole de Sparte, et y consacra à la déesse unbouclier pris sur les Spartiates.
Ceux-ci, pour se conformer à l’oracle, ayant pris pour les commander le poète Tyrtée , n’en éprou-vèrent pas moins trois défaites dans les plaines de Stényclaros; découragés par ces revers, ils voulaientrenoncer à la guerre, mais Tyrtée s’y opposa et les excita de nouveau à combattre. Les Messéniens , trahispar le roi d’Arcadie leur allié, furent vaincus à la bataille de la grande Tranchée, et se retirèrent surle mont Ira, qu’Aristomène défendit pendant onze années.
Plus tard, profitant d’un orage, et instruits d’ailleurs par un transfuge de l’état souffrant de leurgénéral, les Spartiates attaquèrent les Messéniens , et s’emparèrent dira, après quatorze années decombats glorieux pour les vaincus (668). Aristomène fit néanmoins sa retraite au milieu des assiégeants,et conduisit les débris de sa troupe chez les Arcadiens, où une nouvelle trahison fit échouer le hardiprojet qu’il y avait conçu de surprendre et de détruire Sparte .
Une partie des Messéniens restèrent en Arcadie , tandis que les autres allèrent s’établir à Zanclé,en Sicile, qui reçut d’eux le nom de Messane, aujourd’hui Messine .
Deux siècles après la chute d’Ira (464), les Ilotes et les Messéniens , voulant profiter du désordrequ’avait occasionné à Sparte un tremblement de terre qui ensevelit 20,000 de ses habitants, serévoltèrent et prirent les armes; mais ayant été repoussés dans leurs premières attaques par Archi-damus , roi de Lacédémone , ils se retirèrent sur l’Ithome, où leur courage héroïque et l’assistance dePise firent durer le siège dix années.
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