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Premier volume.
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surtout le mérite d’être riche, on est parvenu au véritable pavéantique, empreint de l’élégante simplicité grecque, il s’est retrouvéde nombreux fragments des tuiles de marbre dont le temple étaitcouvert en guise de briques ; et à la place même où s’élevait lecolosse de Phidias , des débris du marbre noir qui en formait lepavé sont venus donner une nouvelle preuve que c’était bien vérita-blement à cette place, et dans ce temple, qu’avait été érigée la mer-veille de l’art antique. Ce pavé était brisé et bouleversé de manièreà montrer que la barbarie avait eu plus de part encore que le tempsà sa destruction. Aussi n’a-t-on pas dû se flatter un seul instant deretrouver un seul débris du divin simulacre que le génie de Phidias avait emprunté du génie d’Homère , et qui résumait pour ainsi direen lui seul toute la civilisation grecque. Un colosse d’or, d’ivoire etde pierres précieuses, qui n’avait pas moins de quarante-cinq piedsde hauteur, ne pouvait échapper, dans la chute du culte hellénique,à la proscription générale de ses idoles ; trop d’intérêts et de passionsconspiraient à l’envi pour détruire le Jupiter Olympien. C’est beau-coup plus que l’on ne pouvait espérer, après tant de siècles de bar-barie, que d’avoir retrouvé son sanctuaire; et ce n’est plus désormaisqu’à la science qu’il faut redemander son image.

Mais un fragment précieux, qui avait échappé à l’attention dePausanias , et que nous devons aux investigations de nos artistes,c’est une figure de Minerve en bas-relief, qui n’a souffert presqueaucune dégradation, et qui a paru à votre Commission un morceaudu premier ordre. La déesse est assise sur un rocher, où elle s’appuiede la main gauche , tandis que de la main droite , ployée au-dessousde sa poitrine, elle tenait un rameau , probablement d 'olivier; et,suivant toute apparence, ce rameau, qu’elle présentait à un person-nage debout devant elle, qui ne pouvait être qu 'Hercule , était rap-porté en bronze. On a trouvé effectivement, sur le sol antique, unefeuille d’olivier, en métal doré, qui doit avoir appartenu à ce rameau ;et le choix d’un pareil arbre se rapportait sans doute à la traditionantique célébrée par Pindare, qui attribuait à Hercule l’introductiondans la Grèce de l’olivier sauvage, et en vertu de laquelle on seservit d’une branche de cet arbre pour les premières couronnes olym-piques. La figure de Minerve est presque intacte, et sa peau même,si l’on peut parler ainsi, n’avait pas été effleurée, tant qu’elle restadans le sein de la terre ; ce n’est qu’après son apparition qu’un desouvriers grecs employés à la fouille, profitant d’un moment où l’ar-chitecte français qui la dirigeait était éloigné, brisa d’un coup depierre le nez de cette figure ; et ce seul trait d’un fanatisme stupidesuffit pour vous faire apprécier le zèle courageux et patient de nosartistes, qui devaient à chaque instant défendre contre leurs propresagents le moindre résultat de leurs découvertes, et disputer pourainsi dire à la barbarie actuelle les débris des monuments échappésà la barbarie ancienne. Heureusement l’accident dont nous avonsparlé pourra être aisément réparé, grâce à un excellent dessin qu’unde nos artistes, M. Trézel, avait déjà fait de la figure entière ; et nousaurons à ce dessin une double obligation, en ce qu’il nous offriraune image fidèle de cette figure et un moyen sûr de lui rendre sonintégrité primitive.

Nous aurions maintenant à vous entretenir des particularités quidistinguent nos sculptures d’Olympie par rapport au mérite de l’art.C’est un point qui devrait sans doute être l’objet d’une discussionapprofondie, et qui ne saurait conséquemment être traité, dans cetteséance, avec les développements nécessaires. Nous nous borneronsdonc à quelques idées générales.

En ne perdant pas de vue que ces bas-reliefs étaient faits pour êtreplacés à une assez grande hauteur, et en observant qu’à raison decette destination on n’a pas dû chercher à mettre, dans de pareillessculptures, cette élégance et ce fini d’exécution qu’auraient comportésdes ouvrages d’une plus grande importance, placés plus près de l’œil,on ne pourra s’empêcher d’admirer le savoir qui brille jusque dansles moindres fragments ; la justesse et la vivacité du mouvement ;la noblesse et la vérité des formes ; une sobriété de détails qui produitl’élévation du style, mais non pas aux dépens du naturel ; la franchisedu travail jointe à une vérité d’imitation, qui, dans l’état de dégrada-tion où nous apparaissent ces bas-reliefs, produit presque l’illusion dela réalité; en sorte que des membres épars, des mains , des bras et

des jambes séparés du tronc, semblent pour ainsi dire moulés surnature; que des marbres brisés par morceaux font presque l’effetd’une chair qui palpite. Ces qualités sont particulièrement sensiblesdans le groupe d’Hercule et du taureau , dans la figure du lioncouché , dans le fragment du groupe de Gérjon , et surtout dansla Minerve , morceau capital, où la grâce et la simplicité du style,d’accord avec une vérité d’imitation portée au plus haut degré, pro-duisent une des figures les plus originales, d’une pure école grecque,qui soient sans doute venues jusqu’à nous.

Le caractère de tête, dans les deux seules figures que nous ayonsrecouvrées, XHercule et la Minerve , n’est pas moins neuf, ni moinsremarquable. Celui qui se retrouve dans les cinq têtes d’Hercule ,toutes plus ou moins endommagées, tel qu’il nous apparaît dansune de ces têtes qui n’a presque souffert aucune atteinte, n’offreaucun des traits de ce modèle tant soit peu conventionnel qu’oncroyait exclusivement propre aux effigies d’Hercule . C’est un typetout nouveau, qui se distingue surtout par la vérité, et qui nousreprésente sans doute une de ces belles têtes grecques prises dans unenature choisie plutôt que dans un idéal systématique. La même obser-vation s’applique plus particulièrement encore à la tête de la Mi-nerve. Il suffirait de la seule apparition de cette tête, d’un caractère sipur , d’une expression si naïve, qu’on croirait modelée d’aprèsquelque charmante vierge de l’Elide, pour réduire à leur juste valeurces théories arbitraires, qui voudraient que l’art grec n’ait eu qu’uneseule nature, ou qu’une seule physionomie, pour chaque personnage,et que celui de Minerve, en particulier, ait affecté constamment unecertaine austérité de formes, une certaine sévérité d’expression. Uneparticularité tout-à-fait nouvelle, qui est commune à l’Hercule , à laMinerve, c’est la manière dont les cheveux sont indiqués par masses ,sans aucune espèce de détails; système suivi uniformément jusquedans la barbe des têtes d’Hercule . Il est assez difficile de se rendrecompte de cette absence complète de détails, dans la barbe et lescheveux, à des figures traitées du reste avec tout le soin et termi-nées avec toute l’habileté que comportait l’espèce de sculptures dontelles faisaient partie, si ce n’est en supposant que les détails sup-primés ici par le statuaire avaient dû être suppléés à l’aide de lapeinture, dans ce système de sculpture et d’architecture coloriéesdont, il y a quelques années encore , nous soupçonnions à peinel’existence, et que nous ne serions pas éloignés maintenant d’appli-quer à tout, au point d’enluminer tous nos édifices et de peindretoutes nos statues; car c’est un défaut assez naturel à l’esprit hu-main, d’abuser d’une vérité long-temps contestée, en en étendant lesconséquences au-delà de toute mesure, et de gâter par l’exagérationune idée heureuse et nouvelle. C’est ce que nous pourrions prouverpar l’exemple même des anciens, mais heureusement que notre propreexpérience nous suffit à cet égard.

Quel que soit le vrai motif de la particularité que j’ai signalée, onne pourra s’empêcher d’en être frappé sous un autre rapport, en cequ elle contraste tout-à-fait avec le système suivi dans une célèbreécole grecque, dans celle d’Égine , où la barbe et les cheveux sonttraités avec des détails si multipliés et avec un soin si minutieux.Le même contraste se trouve, bien qu’à un moindre degré, dans lestyle du nu et des draperies, si l’on compare, sous ce point de vue,les productions des deux écoles. Il y aurait ainsi plus d’une com-paraison a faire, sous le rapport du système général d imitation et dumérite relatif d’exécution, entre nos sculptures d’Olympie et cellesque nous connaissons maintenant pour appartenir à d’autres écolesgrecques contemporaines, telles que celles du Parthénon d’Athènes ,des temples d’Égine et de Phigalie ; mais de pareilles considéra-tions, qui embrasseraient une partie considérable de l’histoire de l’artgrec, ne sauraient être même indiquées dans ce rapport. Nous nousbornerons à dire qu’à ce titre seul d’éléments nouveaux, d’élémentsauthentiques de l’histoire de l’art, nos bas-reliefs d’Olympie acquièrentune importance peut-être supérieure à leur mérite réel. Nous ajoute-rons, pour dire ici notre pensée tout entière, que bien que l’exécu-tion de ces bas-reliefs, d’accord avec l’âge connu du monument,atteste une belle époque de l’art, nous avons cru y reconnaître, enles comparant aux sculptures d’Athènes , une sorte de goût provin-cial, une manière tant soit peu arriérée, qui sembleraient indiquer

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