Band 
Troisième volume.
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52
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( 5a )

ROUTE DU CAP MATAPAN A GYTHIUM.

L’extrémité du cap Matapan forme un port près duquel on voit une chapelle construite avec despierres taillées, provenant d’un monument actuellement détruit en totalité. Dans le voisinage se trouventune grande quantité de citernes antiques. Sur la gauche de la chapelle, vers le N.-O., et à l’embouchured’un torrent, on reconnaît les restes d’un monument antique, dont il ne subsiste plus qu’un seul rangde la première assise. S’il faut en croire notre guide, ces débris auraient fait partie d’un bassin destinédans les temps anciens à la construction des galères. Cependant son étendue eût été de petite proportion;ce qui semblerait plutôt devoir faire penser que ces restes ont appartenu à une fontaine, peut-être àcette fontaine merveilleuse dont les eaux offraient à la vue l’image des vaisseaux et des ports \ Parmiles fragments épars çà et là autour de la fontaine, on remarque un socle renversé portant une inscrip-tion , et une colonne encore debout qui remonte au moyen âge.

La pointe du cap est terminée par une montagne que forment des rochers dans lesquels sont prati-quées, vers la partie inférieure, des excavations semblables à celles de Cléonès. Elles ont servi d’habita-tions, et elles conservent encore un caractère antique fort intéressant. Au milieu des rochers existentune galerie découverte et une caverne taillées dans la masse. Cette galerie ne serait-elle pas le templeen forme de grotte que Pausanias place sur le Ténare, et que l’imagination des poètes grecs a représentécomme l’une des bouches des enfers 1 2 ?

Après nous être assurés que le cap ne renferme aucune autre antiquité, nous fîmes le tour du portet nous gagnâmes le village de Lagia, ombragé par des oliviers et par des nopals. Le désordre régnait dansle village, les rues en étaient murées, toute la population avait pris les armes. Sans nous informer,comme à Stavri, des motifs de la guerre entre les habitants, nous nous éloignâmes, et nous parvînmes,à travers un pays assez découvert, mais de nul intérêt, au village de Plomocori, situé sur le penchantd’une montagne vis-à-vis du golfe de Vathya. Nous passâmes une nuit à Plomocori, où nous eûmespour tout asile une misérable maison dont le toit laissait pénétrer l’eau. Maîtres et animaux y cou-chaient pêle-mêle. Cet abri inhospitalier eût pu devenir très-dangereux pour nous, sans la fidélité denotre guide, que les maîtres du logis avaient cherché à s’adjoindre pour nous voler.

De là, à travers un pays moins aride, dans lequel on commence à voir les montagnes parées deverdure, les rivières bordées d’arbres, les champs cultivés et les villages rapprochés les uns des autres,on arrive à Marathonisi, qui borne le Magne à l’E. Toute cette partie de la contrée est d’un aspectmoins uniforme et moins sévère que le côté de l’ouest. Cependant les chemins y sont aussi mauvais,et les habitants y sont même plus pauvres et plus mal logés.

Nous vîmes à Marathonisi le capitaine Zannétachi, ancien chef d’une partie du Magne, pour lequelnous avions une lettre de recommandation. Il offrit de nous faire visiter les antiquités de Gythium etla ville moderne. Marathonisi est une petite ville assez bien bâtie, défendue du côté de la mer parune île sur laquelle s’élève un pyrgos. Cette île forme une espèce de port pour les grands bâtiments,tandis qu’à l’extrémité N. de la ville une baie est destinée à recevoir les barques. Un petit châteaufort placé en avant de la baie la domine et la défend.

A cinq minutes de la ville vers le N., en suivant le rivage de la mer, on trouve un rocher portantune inscription. Près de là, à l’entrée d’une plaine et sur remplacement de l’antique Gythium , existentdes rochers taillés de manière à présenter les trois côtés d’une salle oblongue. Ces trois côtés sont enretraite sur une très-large banquette. Le quatrième côté de la salle a été détruit. On reconnaît, le longdes coteaux qui terminent la plaine occupée par la ville basse de Gythium , les ruines d’un théâtre,dont les gradins sont en marbre. Il est impossible d’en préciser les dimensions, qui devaient être petites.Des lignes de soubassement de longue muraille en bordent la face principale. Une constructionantique en pierre, et attenant au théâtre, contient un cul de four en briques recouvertes de stucs, surlesquels restent quelques traces d’une peinture datant du moyen âge, et faite sans doute à l’époqueoù le monument aura servi d’église. Au N.-O. du théâtre, sur les petits coteaux contre lesquelsil est adossé, s’élèvent de grandes lignes de constructions en briques, qui ont servi de réservoirs. A

1 Pausanias , liv. III, chap. XXV.

2 Pausanias , liv. III, chap. XXV.