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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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CHAPITRE I.

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Dans la naissance des sociétés, ce sont les chefs desrépubliques qui font l’institution ; et c’est ensuite l’insti-tution qui forme les chefs des républiques.

Tarquiu prit la couronne sans être élu par le sénat nipar le peuple 1 . Le pouvoir devenait héréditaire : il le ren-dit absolu. Ces deux révolutions furent bientôt suiviesd’une troisième.

Son fils Sextus, en violant Lucrèce, fit une chose quia presque toujours fait chasser les tyrans des villes où ilsont commandé : car le peuple, à qui une action pareillefait si bien sentir sa servitude, prend d’abord une résolu-tion extrême.

Un peuple peut aisément souffrir qu’on exige de lui denouveaux tributs : il ne sait pas s’il ne retirera point quel-que utilité de l’emploi qu’on fera de l’argent qu’on lui de-mande; mais, quand on lui a fait un affront, il ne sentque son malheur, et il y ajoute l’idée de tous les maux quisont possibles.

Il est pourtant vrai que la mort de Lucrèce ne fut quel’occasion de la révolution qui arriva ; car un peuple fier,entreprenant, hardi, et renfermé dans des murailles, doitnécessairement secouer le joug ou adoucir ses mœurs.

Il devait arriver de deux choses l’une : ou que Romechangerait son gouvernement, ou qu’elle resterait une pe-tite et pauvre monarchie.

L’histoire moderne nous fournit un exemple de ce quiarriva pour lors à Rome ; et ceci est bien remarquable :car, comme les hommes ont eu dans tous les temps lesmêmes passions, les occasions qui produisent les grands

1 Le sénat nommait un magistrat de l’interrègne, qui élisait le roi : cetteélection devait être confirmée par le peuple. Voyez Denys d’Halicar-nasse, liv. Il, III et IV,