CHAPITRE IV.
25
naviguer que sur les côtes ; aussi ils ne se servaient quede bâtiments à rames, petits et plats ; presque toutes lesrades étaient pour eux des ports ; la science des pilotesétait très-bornée, et leur manœuvre très-peu de chose :aussi Aristote disait-il 1 qu’il était inutile d’avoir un corpsde mariniers, et que les laboureurs suffisaient pour cela.
L’art était si imparfait, qu’on ne faisait guère avecmille rames que ce qui se fait aujourd’hui avec cent 2 .
Les grands vaisseaux étaient désavantageux, en ce qu’é-tant difficilement mus par la chiourme, ils ne pouvaientpas faire les évolutions nécessaires. Antoine en fit à Ac-tium une funeste expérience 3 : ses navires ne pouvaient seremuer, pendant que ceux d’Auguste, plus légers, les at-taquaient de toutes parts.
Les vaisseaux anciens étant à rames, les plus légersbrisaient aisément celles des plus grands, qui pour lorsn’étaient plus que des machines immobiles, comme sontaujourd’hui nos vaisseaux démâtés.
Depuis l’invention de la boussole, on a changé de ma-nière ; on a abandonné les rames 4 , on a fui les côtes, on aconstruit de gros vaisseaux ; la machine est devenue pinscomposée, et les pratiques se sont multipliées.
L’invention de la poudre a fait une chose qu’on n’auraitpas soupçonnée : c’est que laforce des armées navales aplusque jamais consisté dans l’art ; car, pour résister à la vio-lence du canon, et ne pas essuyer un feu supérieur, il a
' Politique, liv. VIT, chap. yi.
2 Voyez-ce que dit Perrault sur les rames des anciens, Essai de physi-que, tit. 3, Mécanique des animaux.
3 La même chose arriva à la bataille de Salamine. (Plutarque, Fiede Thémistocle.) — L’histoire est pleine de faits pareils.
4 En quoi on peut juger de l’imperfection de la marine des anciens,puisque nous avons abandonné une pratique dans laquelle nous avionstant de supériorité sur eux.
3