CHAPITRE V.
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Ce qui avait beaucoup contribué à mettre les Romainsen péril dans la seconde guerre punique, c’est qu’Annibalarma d’abord ses soldats à la romaine 5 mais les Grecs nechangèrent ni leurs armes, ni leur manière de combattre ;il ne leur vint point dans l’esprit de renoncer à des usagesavec lesquels ils avaient fait de si grandes choses.
Le succès que les Romains eurent contre Philippe futle plus grand de tous les pas qu’ils firent pour la conquêtegénérale. Pour s’assurer de la Grèce, ils abaissèrent, partoutes sortes de voies, les Etoliens, qui les avaient aidés àvaincre ; de plus, ils ordonnèrent que chaque ville grecquequi avait été à Philippe, ou à quelque autre prince, segouvernerait dorénavant par ses propres lois.
On voit bien que ces petites républiques ne pouvaientêtre que dépendantes. Les Grecs se livrèrent à une joie
donienne, qui n’était qu’un gros bataillon carré, fort épais de toutes parts,ne pouvait se mouvoir que tout d’une pièce, au lieu que l’armée romaine,distinguée en petits corps, était plus prompte et plus disposée à toutesorte de mouvements.
« Les Romains ont donc trouvé, ou ils ont bientôt appris l’art de di-viser les armées en plusieurs bataillons et escadrons, et de former lescorps de réserve, dont le mouvement est si propre à pousser ou à soute-nir ce qui s’ébranle de part et d’autre. Faites marcher contre des troupesainsi disposées la phalange macédonienne, cette grosse et lourde machinesera terrible, à la vérité, à une armée sur laquelle elle tombera de toutson poids; mais, comme parle Polybe, elle ne peut conserver longtempssa propriété naturelle, c’est-à-dire sa solidité et sa consistance, parcequ’il lui faut des lieux propres et pour ainsi dire faits exprès, et qu’àfaute de les trouver elle s’embarrasse elle-même, ou plutôt elle se romptpar son propre mouvement; joint qu’étant une fois enfoncée, elle ne saitplus se rallier, au lieu que l’armée romaine, divisée en ses petits corps,profite de tous les lieux et s’y accommode : on l’unit et on la séparecomme on veut; elle défile aisément et se rassemble sans peine; elle estpropre aux détachements, aux ralliements, à toute sorte de conversionset d’évolutions qu’elle fait ou tout entière ou en partie, selon qu’il estconvenable; enfin elle a plus de mouvements divers, et par conséquentplus d’action et plus de force que la phalange. Concluons donc avecPo-îybe qu’il fallait que la phalange lui cédât, et que la Macédoine fût vain-cue. » (Troisième partie, ch. vi.)]