CHAPITRE VI.
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qui fut envoyé pour ce sujet aux Romains aurait suffi pourles vaincre 1 .
Maîtres de l’univers, iiss’en attribuèrent tous les trésors :ravisseurs moins injustes en qualité de conquérants qu’enqualité de législateurs. Ayant su que Ptolomée, roi deChypre, avait des richesses immenses, ils firent une loi,sur la proposition d’un tribun, par laquelle ils se donnè-rent l’hérédité d’un homme vivant, et la confiscationd’un prince allié 2 .
Bientôt la cupidité des particuliers acheva d’enle-ver ce qui avait échappé à l’avarice publique. Les ma-gistrats et les gouverneurs vendaient aux rois leurs injus-tices. Deux compétiteurs se ruinaient à I’envi pour acheterune protection toujours douteuse contre un rival qui n’étaitpas entièrement épuisé : car on n’avait pas même cettejustice des brigands, qui portent une certaine probité dansl’exercice du crime. Enfin les droits légitimes ou usurpésne se soutenant que par de l’argent, les princes, pouren avoir , dépouillaient les temples confisquaient les biensdes plus riches citoyens : ou faisait mille crimes pour don-ner aux Romains tout l’argent du monde.
Mais rien ne servit mieux Rome que le respect qu’elleimprima à la terre. Elle mit d’abord les rois dans le si-lence, et les reudit comme stupides. I) ne s’agissait pas dudegré de leur puissance ; mais leur personne propre étaitattaquée. Risquer une guerre, c’était s’exposer à la capti-vité, à la mort, à l’infamie du triomphe. Ainsi des roisqui vivaient dans le faste et dans les délices n’osaient jeterdes regards fixes sur le peuple romain; et, perdant le
1 Les présents que le sénat envoyait aux rois n’étaient que des baga-telles , comme une chaise et un bâton d’ivoire, ou quelque robe de ma-gistrature.
2 Florüs, liv. III , chap. ix.